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Je vous ai manqué ? [PV Ithilion]

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Sally Sullivan


Jeune fille traquée (Sally S.)
Sally Sullivan

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MessageSujet: Je vous ai manqué ? [PV Ithilion]   Je vous ai manqué ? [PV Ithilion] EmptyDim 18 Mar - 17:54

- Carré de huit ! s'exclama Alaryk en abattant la poutre qui lui servait de bras sur la table – réveillant au passage un réfectoire rendu apathique par un déjeuner lourd.
- Couleur, répliqua Ethan. Ses cartes claquèrent malicieusement sur la main posée par son ami. Un véritable coup de maître, qui ne pouvait être le fruit que d'un fin travail de stratège et d'une pincée de chance. Le sourire triomphal du colosse fondit en une moue agacée.
- C'est pas juste, tu pioches toutes les bonnes cartes.
Il savait que sa mauvaise foi lui vaudrait un énième sermon de la part d'Ithilion qui, s'il n'était pas aussi fort qu'Ethan à ce jeu, en maîtrisait chaque règle du bout des doigts. Il aurait vite fait de lui expliquer qu'il était mathématiquement impossible de réussir un tel coup en comptant uniquement sur la pioche. Alaryk l'entendait déjà lui enjoindre d'arrêter de chouiner et de se concentrer sur le jeu. Mieux valait battre les cartes et lancer une nouvelle partie.
- Ce que c'est bon de se retrouver là, ensemble, à jouer un bon p'tit jeu après toutes les galères qu'on a traversées !
- Surtout toi Ithi', renchérit Ethan avec toute la retenue que chacun connaissait à ce sérieux jeune homme.
- Levons nos verres à notre fine équipe, de nouveau réunie !
Exclamations de joie et entrechocs de pintes résonnèrent dans la salle, ravie de retrouver l'agitation qu'elle connaissait à ces trois Chasseurs. Près d'eux, Sally mesurait son enthousiasme. Son sourire crispé d'angoisse agaçait Ethan.
-  De quoi s'agit-il cette fois ?
Il avait parlé sur le ton d'un adulte agacé par les caprices trop fréquents d'un enfant gâté. Avant, Sally ne l'aurait certainement pas remarqué. Elle aurait sursauté, se serait tripoté les doigts avec malaise et aurait tenté de trouver les mots qui correspondaient le mieux à ce qui la froissait sans vraiment y parvenir. Aujourd'hui elle était parfaitement apte à comprendre les paroles dures qu'on lui lançait, qu'elles fussent d'un vocabulaire cru ou un sous-entendu, cette omission lâche qui donne un sentiment de supériorité à l'idiot qui en est l'auteur. Elle avait également appris à doser ses réponses, voire à totalement les taire face à ce second type d'attaque, car rien ne portait de meilleur coup à l'ego d'un imbécile que de l'ignorer. Le Chevalier Nolem n'avait jamais caché l'animosité qu'il éprouvait envers Sally – du moins depuis qu'il avait appris sa nature de Paria. Mais depuis que la réciproque était vraie, Sally préférait se taire. Ou plutôt ne rien lui dire.
- Détends-toi petiote, dit Alaryk. On est tous ensemble, pas besoin de se tracasser pour quoi que ce soit !
- Nous ne sommes pas tous là, répondit-elle sans se dérider.
L'imposant soldat émit un raclement de gorge gêné, qui concédait à Sally qu'il manquait effectivement quelqu'un. Ethan, qui ne comptait pas Cecil comme un membre à part entière de leur groupe, haussa les épaules avec dédain.

Cecil était devenu méconnaissable. Auparavant il était facile de le croiser dans les couloirs du QG : son travail de faux valet nécessitait qu'il déploie un certain don d'ubiquité pour remplir toutes les tâches qui lui tombaient dessus à chaque minute, de même qu'il aimait à la fin de la journée se promener dans les jardins pour respirer l'air du soir. Chacun s'était habitué à voir sa haute silhouette arpenter les ailes du bâtiment. D'aucuns la qualifiaient d'austère, cette silhouette droite et longiligne, dont le visage arborait souvent un sourire insaisissable. Que lire à part une touche d'arrogance dans le regard vairon de cet élégant jeune homme, qui masquait de ses couleurs les pensées peuplant sa tête ? Qu'est-ce qui pouvait bien se cacher sous sa chevelure aussi noire que les nuits du Sidhe lointain et silencieux ?
Les mots qui sortaient de sa bouche ne révélaient que peu de choses sur lui. Ses paroles glissaient tel un ruban sur une chevelure lisse, s'insinuaient dans les failles des questions posées, des suppositions confiées, pour toujours s'envoler loin de son interlocuteur. Infiniment courtois, il enrobait ses phrases d'un ton tapissé de velours qui avait su conquérir tous ceux qui s'étaient laissés bercés par sa voix. Ceux qui n'aimaient pas ce qu'ils appelaient « ses manières » n'en était pas moins touchés par son ombre lorsqu'il passait près d'eux en les ignorant comme eux feignaient de le faire. Pour tous chez les Chasseurs ailés Cecil était un zéphyr dont le souffle parcourait l'échine, mais que l'on devait saisir rapidement pour le voir en face, sans quoi il filait vers ses secrets.
Qu'on l'aime ou non, sa soudaine absence s'était faite remarquer de tous les Chasseurs. Les jeunes se demandaient pourquoi ils ne le voyaient plus s'affairer au réfectoire, les plus âgés regrettaient de ne plus partager un verre avec lui lors de leurs pauses communes et les indifférents se demandaient ce qui tracassait leurs camarades. Et Sally, Sally n'y comprenait rien. Après la soirée au manoir Everlue, elle l'avait retrouvé prostré sur lui-même, fébrile comme un petit animal blessé. Impossible de s'ôter de l'esprit l'image de son regard écarquillé de terreur, son menton tremblant, ses lèvres qui s'agitaient en silence comme s'il psalmodiait des prières maudites. Cecil s'était précipité dans sa chambre à peine arrivé pour n'en plus sortir.
Cela faisait une semaine qu'il refusait d'ouvrir sa porte verrouillée en permanence. Il refusait de l'ouvrir, qui que fut son visiteur, prétextant être tombé malade et devoir rester en quarantaine. Personne n'avait réussi à la convaincre d'aller chercher des médicaments à l'infirmerie.  Les repas que Sally posait près de sa porte n'étaient jamais consommés, et ces derniers temps quand elle l'appelait, Cecil ne lui répondait que par un mot ou deux au travers du mur de sa prison. Quand on marchait dans la cour des dortoirs, on voyait qu'au troisième étage, les volets de sa petite chambre étaient fermés en permanence. Quand on passait juste devant dans le couloir, on n'entendait pas un bruit.
- Qu'il reste dans son coin si ça lui plaît, lâcha Ethan les yeux rivés sur son jeu de carte. Il est loin d'être essentiel pour nos missions.
- Même celle qui a permis la réhabilitation d'Ithilion ? s'écria Sally avec colère. Vous n'auriez jamais pu vous fondre parmi tous ces nobles sans les conseils de Cecil.

Elle sortit de table avant de laisser le temps de lui répondre à n'importe lequel de ces messieurs. Elle non plus n'était pas d'humeur à subir un sermon. Elle n'était d'ailleurs plus d'humeur à subir quoi que ce soit. Lorsque les crapules du jeune comte Chapman l'avaient enlevée, elle était parvenue à se débarrasser d'eux toute seule. Ils n'auraient sans doute pas fait mieux, ces Chevaliers sans peur et virils. Ils n'étaient plus en mesure de la prendre de haut. Pas même Ithilion. Et encore moins Cecil.
Devant la porte de l'intéressé, Sally frappa trois petits coups.
- Ouvre moi, fit-elle avec fermeté.
Aucune réponse. Elle frappa de nouveau, plus fort.
- Laisse moi entrer.
- Va-t-en Sally, répondit Cecil après quelques instants d'une voix endormie.
Il n'avait aucune idée de l'heure qu'il était. Il devait être allongé sur son lit depuis un jour, peut-être deux. Son corps était lourd, ses muscles engourdis par l'inactivité, l'esprit embrumé par ses tourments. Les draps mal mis enserraient par endroit ses membres avec sécurité. Rien ne le faisait bouger de ce nid, car rien ne l'appelait à sortir, que ce fut les coups feu des entraînements dehors, le bruit de la vie au QG ou la voix amicale de deux qui s'inquiétaient pour lui sans le comprendre vraiment, tels que Dawkins et Sally. Mais au milieu de tout ce qui n'était plus que banalités effaçables pour sa conscience, les petits bruits qui s'agitèrent dans la serrure attirèrent l'attention de Cecil. La lumière du jour écorcha ses pupilles lorsque la porte s'ouvrit. Sally jeta par terre les épingles lui ayant permis de crocheter le verrou et traversa la pièce.
- Sors d'ici ! s'écria-t-il les yeux cachés par ses avants bras, je ne veux voir personne, va-t-en immédiatement !
Sally tira vivement les rideaux de toile qui couvraient la fenêtre puis tourna la poignée qui ornait son cadre. Les carreaux s'écartèrent pour laisser entrer le vent, ainsi qu'un vif et pur trait de lumière qui rejoignit celui qui venait du couloir. Sa silhouette floue perçait le contre-jour que Cecil n'osait affronter, resté dans le noir depuis trop longtemps. Ses oreilles bourdonnant à l'écoute nue des bruits de la journée battant son plein au QG, il fut pris de vertiges qui le poussèrent à se redresser sur son matelas. Il ne s'était même pas débarrasser de la chemise qu'il portait lors de leur mission au manoir Everlue.
- Ça pue ici, dit-elle en regardant dehors. Ça ne te ressemble pas du tout.
Saly avait toujours connu son ami tiré à quatre épingles. Les épis qu'il avait dans les cheveux, les draps débraillés et les vêtements froissés qu'il portaient lui étaient totalement inconnus. Il avait l'air beaucoup moins impressionnant, dans un tel état. Maintenant qu'elle l'avait vu aussi abattu, elle ne le respecterait plus. C'était en tout cas ce que pensait Cecil. Sally estimait quant à elle que c'était l'occasion de lui montrer qu'elle était son égal. Mais pour cela elle voulait comprendre certaines choses, notamment qui tenaient à l'état de son ami à ce moment-là. Elle voulait déterminer qui il était, car à vrai dire elle l'ignorait encore. Et elle avait l'intuition que tous les mystères de Cecil seraient démêlés si elle parvenait à savoir ce qui l'avait à ce point meurtri.

Quand il fut un peu habitué à la lumière, Cecil leva des yeux lourds de fatigue vers Sally. Il donnait l'impression de la regarder au travers des barreaux d'une prison, qu'il n'aurait pu scier ni limer quand bien même il aurait eu les meilleurs outils en main. Le piège devait être plus profond que cela.
- Dis-moi ce qui se passe, dit Sally en s'asseyant sur le bout du lit.
- Tu ne comprendrais pas, répliqua Cecil sans cacher sa colère.
- Alors explique-moi.
- Ce sont des choses qui te dépassent ! Même si je te parlais comme à la petite idiote que tu es, tu ne saisirais pas un traître mot de... !
Il fut interrompu et déséquilibré par l'oreiller que Sally lui jeta en pleine tête. Il le débarqua sur le sol d'un geste brusque et poussa un profond soupir, les yeux rivés sur le plafond. Ses nerfs et ses veines qui avaient battu si fort sur son visage s'apaisèrent peu à peu.
- Où est-ce que tu as appris à faire ça ? finit-il par demander, en désignant mollement la porte rester entrebâillée.
- Simon m'a montré. Tu sais cet empoté de binoclard, répondit Sally en reprenant des mots que Cecil avait tenus par le passé. Tu sous-estimes trop les gens autour de toi Cecil, ça te vaut des mauvaises surprises. Maintenant explique-moi pourquoi tu es resté enfermé depuis qu'on est revenu de la mission.
Il était inutile de lui dire, encore moins de lui montrer, qu'elle était inquiète, qu'elle savait que s'il avait peur, il était logique qu'elle ait peur aussi puisque leurs destins étaient liés depuis qu'ils avaient fui le Laboratoire il y avait de cela plus d'un an. Il fallait simplement que Cecil s'ouvre.
- N'oublie pas que je suis ton alliée, reprit Sally, en le paraphrasant encore.
Lui, qui avait prononcé ces mots jadis pour s'assurer qu'il aurait une emprise sur la Paria qu'elle était, se sentit mal d'en être le nouveau destinataire. Mais il savait qu'à sa différence, Sally ne les employait pas à de mauvais desseins. Quelle honte pour lui. Aurait-il changé, depuis que la sécurité de ce QG lui avait ouvert les bras, même clandestinement ?
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Ithilion


Chevalier Ailé (Ithilion)
Ithilion

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MessageSujet: Re: Je vous ai manqué ? [PV Ithilion]   Je vous ai manqué ? [PV Ithilion] EmptyDim 15 Avr - 17:36

Etre tous réunis ainsi autour d'une table et jouer aux cartes réveilla en Ithilion d'anciennes sensations. Le temps de cette partie, il en vint presque à  oublier le chaos de ces derniers mois au sein de son équipe. Lorsqu'il jouait, chacun connaissait son investissement disproportionné dans le déroulement du jeu, comme si le dénouement risquait de lui coûter toute sa fortune. Pourtant cela n'expliquait pas cette vague de nostalgie qui l'enveloppait d'une douce chaleur. Il n'oubliait pas. Le réveil avait été douloureux. Une douleur accrue par la réalité de l'implication de ses proches dans son propre mensonge. Aujourd'hui encore, et même si la raison l'intimait de se rendre à l'évidence, il n'arrivait pas à admettre que toute cette histoire n'était que le fruit d'une imagination défaillante. Cette odeur, cette personnalité, cette histoire, il n'avait tout simplement pas pu les inventer. Ce détail éclata dans son esprit à peine revenu à un état de quiétude. La perturbation ricocha dans chaque coin et sema le trouble.
A l'appel du verre de l'amitié d'Alaryk, la chope du chevalier foudroyé par le doute se souleva avec un mécanisme presque robotique. Le choc des pintes le ramena au présent et sa remise en question s'évapora aussitôt, laissant place à un sourire. Fort heureusement, personne ne s'en aperçu, il n'aurait pas apprécié devoir se justifier de cet instant d'absence.
Ce temps de réconciliation fût de courte durée. Il ne faisait aucun doute qu'Ethan n'intégrait toujours pas Sally. Porté par l'éducation Ünik et martial, la nature de la jeune fille lui inspirait un profond dégout. Il n'arrivait même pas à l'oublier. La remarque piquante entraina rapidement une escalade qui se termina par le départ en trombe de Sally, emportée par la colère. La porte du réfectoire claqua et un silence lourd en suivit l'écho.
Ithilion posa son jeu avec un soupire. La partie était visiblement terminée.

-Tu ne peux pas la lâcher un peu ?
La question ne cachait pas son agacement. Connaissant les signaux d'alarme de son ami sur le bout des doigts, Ethan comprit que sa réponse  risquait d'entrainer un nouveau conflit si il tentait de se justifier. Il préféra la voie de l'apaisement :
-Je m'excuse, je ne voulais pas être désagréable, c'est juste que je ne comprends pas du tout ce que son fou de compagnon peut avoir.
Alaryk  opina de la tête. Toute la soirée, il avait vu Cecil évoluer avec une grande aisance dans la soirée mondaine. Il ne comprenait pas quelle mouche avait bien pu le piquer si subitement. L'homme lui donnait l'impression d'avoir rencontré la mort en personne. Depuis leur retour du château du comte Everlue, le majordome restait cloitré dans sa chambre sans donner de signe de vie, seule sa jeune amie tentait de lui rendre visite pour se faire jeter à peine arrivée. L'Ordre n'allait pas laisser un non-soldat jouir aussi longtemps d'une place  sans bonne raison d'être inactif. Cecil avait intérêt à se reprendre rapidement à défaut d'expliquer le motif de ce dérapage.

-Ce n'est pas à moi qu'il faut t'excuser. reprit Ithilion qui n'entendait pas laisser passer l'attitude de son équipier aussi facilement.  D'ailleurs, on ne s'excuse pas soit même, on demande pardon.
La réplique d'Ethan fût tué dans l'oeuf par le claquement de deux immenses battoirs contre la table. Sentant que la situation s'échauffait trop vite à son goût, Alaryk avait décidé d'y mettre un terme tant qu'il en était encore possible. D'une voix calme mais implacable, il somma aux deux üniks de ne pas rajouter un seul mot à cette discussion. L'ambiance se refroidit aussitôt devant le regard approbateur du colosse qui se reposa sur le banc.
Un groupe de jeunes recrues entrèrent dans la salle, guidés par l'éclatant capitaine Dawkins. Une dizaine d'enfants, n'ayant pas dépassé les dix étés, dont les regards chargés d'innocence contemplaient avec un mélange d'enthousiasme et de frayeur ce qui deviendrait peut être leur futur zone de repas. Encore très loin de se douter des épreuves et des obstacles qui les mèneraient tout droit vers une vie faite de violence, de sang et de mort. Il ne fallut pas longtemps avant que de nombreuses paires d'yeux curieux ne se posent sur l'équipe Sigma formée par Ithilion, Alaryk et Ethan. Le capitaine en profita alors pour présenter avec beaucoup d'éloge ce qu'il appela la meilleure équipe de l'élite des Chasseurs Ailés. Vendre du rêve à ces jeunes âmes à l'esprit bien malléable renforcerait leur conviction d'arriver jusqu'au bout.
Étrangement agacé contrairement à son habitude à être le centre d'attention, Ithilion se leva sans un mot avant de quitter les lieux. En passant près du groupe, le chevalier ne manqua pas de recadrer un jeune garçon qui reluquait sa chevelure décolorée.

"Tu veux ma photo le morveux ?"
****
Le Quartier Général était vide en ce moment. Beaucoup de Chasseurs Ailés se formaient actuellement dans un camp à l'extérieur d'Anathorey. Les entrainements constituaient une grande part de leur quotidien. Bientôt leur équipe devrait être appelée à partir là bas, une fois que les démarches administratives aboutiront à la validé de leur réaffection dans le circuit.
En dehors du rythme soutenu, des exercices repoussant les limites du corps, de l'entassement perpétuel et des ordres beuglés à flots dans un excès d'autorité, ce qui dérangeait le plus le chevalier c'était de laisser Sally. Son instinct lui soufflait que quelque chose se tramait. Jamais il ne pensait voir un jour Cecil dans cet état. Même sa protégée donnait l'impression de ne rien comprendre à cette crise d'isolement. Les quelques phrases qu'elle lui avait rapporté ne présageait rien de bon. Après tout, il ne connaissait qu'un infime morceau du passé de Sally et pour ainsi dire rien de celui de Cecil. Il se rendait compte de la négligence dont il avait fait preuve en les intégrants à l'Ordre sans plus d'information.
Appuyé sur la barrière de la coursive donnant sur le jardin, Ithilion contemplait l'immense chêne contre lequel il avait l'habitude de méditer.  Dans le jardin apparut de nouveau Dawkins, toujours suivit par sa bande. De la où il était, on aurait dit des petits canetons qui tâchaient de ne pas lacher leur seul repère dans ce territoire inconnu. Amusé par la scène, Ithilion tenta de se remémorer ses premiers pas, mais il n'arriva pas à développer plus que des sensations floues. Il dut se résigner, il ne déchirerait pas ce voile terne entre sa conscience et ses souvenirs lointains. L'avant avait-il déformé sa mémoire vraie ? Une boule d'angoisse se noua dans sa gorge.
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Sally Sullivan


Jeune fille traquée (Sally S.)
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MessageSujet: Re: Je vous ai manqué ? [PV Ithilion]   Je vous ai manqué ? [PV Ithilion] EmptyJeu 10 Mai - 19:58

Cecil était parvenu tant bien que mal à camper sur ses deux pieds. La lumière lui faisait mal à la tête, laquelle s'était mise à tourner dès qu'il fut levé. Son corps, engourdi par l'immobilisme, se défroissa douloureusement lorsqu'il marcha pour se regarder dans le miroir. Cecil avait l'air d'un malade qui venait tout juste de se réveiller d'un profond coma. Sa peau était marquée de centaines de reliefs rosâtres, là où les draps s'étaient ancrés. Il suivit le chemin d'une de ces lignes tortueuses qui courait jusqu'à son visage. L'obscurité avait rendu son teint crayeux. Par dessus ses joues creuses, il vit deux cernes tomber sous ses yeux. Quant à ses cheveux, tout portait à croire qu'ils avaient explosé pour former un bouquet d'épis. Il n'avait jamais été aussi négligé depuis qu'il s'était échappé de chez Sullivan. Ce qu'il y avait vécu était indicible pour lui, mais que la seule crainte de se retrouver de nouveau entre les griffes de cette sorcière le fasse tomber aussi bas lui parut soudain lamentable. Cecil se sentit minable. Lui, qui se montrait toujours prudent, lui, qui anticipait toujours ce que faisait son adversaire, avait été surpris, immensément surpris lors de la soirée d'Everlue. Jamais au grand jamais il n'aurait cru se retrouver nez à nez avec Rainer. Enfouir son souvenir au plus noir de sa conscience avait altéré l'habituelle lucidité du faux majordome. S'il avait eu la force d'affronter ce qui le hantait, il aurait certainement envisagé l'hypothèse des retrouvailles et aurait élaboré un plan pour éviter de perdre la face. Au lieu de cela, il avait laissé l'ambiance du bal lui monter à la tête. Ces danses mondaines et cette atmosphère de luxe, au parfum de sa jeunesse, lui avaient fait oublier qu'il n'était pas libre. Plus dure en fut la chute.
Sally était désarmée face à la détresse de Cecil. Elle l'était encore face à bien des choses, elle avait l'intelligence de l'admettre. Le reproche que Cecil lui avait fait était juste, il y avait de très grandes chances pour qu'elle ne comprenne pas ce qui l'anéantissait depuis des jours.
- S'il te plaît, si tu ne veux pas m'en parler, au moins ressaisis-toi.
Cecil la dévisagea au travers du miroir.
- Tu as raison.
Il se redressa, soupira, et s'agita d'un coup pour ranger tout ce qui traînait dans la chambre. Sally dût se lever pour qu'il puisse faire le lit.
- Je vais sortir aujourd'hui, dit-il en regonflant son oreiller. Laisse-moi remettre un peu d'ordre dans tout ce bazar et je me remettrai au travail – son regard se perdit un instant dans le vague. Un jour je te donnerai une explication. Tu as ma parole.
Cecil avait rarement parlé d'une voix si douce, sur un ton exempt de tout dédain. Débarrassé de son arrogance, il avait l'air d'être une toute autre personne. Lui-même déstabilisé, il était déstabilisant.  Sally ne souhaitait pas le brusquer. Elle hocha la tête, elle avait compris le message.
- Fais un brin de toilette, lui conseilla-t-elle depuis le pas de la porte. Tu as une sale tête.
« A vos ordres » fut ce que Cecil lui lança alors qu'elle sortait.

Drôle de changement, songea la jeune recrue. Cecil qui semblait si droit dans ses bottes se révélait  plus versatile que son allure austère ne laissait à penser. Sally se mit à la recherche d'Ithilion afin de tout lui raconter.
- J'espère qu'il s'est repris une bonne fois pour toutes, dit-elle lorsqu'elle l'eut retrouvé sur la coursive dominant les jardins.
Sally espérait certes, mais elle avait l'impression que ce qui s'était passé pendant la soirée avait durablement marqué Cecil. Peut-être qu'il ne serait plus jamais vraiment le même. Peut-être que ce n'était pas à déplorer.
- Pourquoi cet air préoccupé ? demanda-t-elle au Chevalier aux cheveux blancs, qui n'était pas bien bavard.
En bas, le capitaine Dawkins faisait visiter les jardins aux jeunes enfants éblouis par la beauté des lieux. D'une main gantée, il leur montrait les pelouses et les parterres de fleurs.
- Seuls les Chasseurs gradés ont le droit de rester ici pour se reposer, ou de marcher sur les pelouses. C'est un privilège de classe : ceux qui n'ont pas le rang de Chevalier ne peuvent s'y promener, c'est interdit.
- Alors nous sommes en train d'enfreindre les règles ? s'enquit un enfant à la tête toute blonde.
- Nous vous inquiétez pas, répondit le capitaine de son sourire flamboyant, la visite des futures recrues prévoit que vous puissiez découvrir de nombreux recoins du quartier général. C'est une sorte d'avant-goût de ce qui vous attend en cas de succès.
- Capitaine Dawkins, comment font les autres si les jardins ne sont autorisés qu'aux Chevaliers ?
- Il arrive que les domestiques et les membres du personnel administratif doivent passer par ici, afin d'éviter de faire de trop grands détours. Ils n'ont le droit que de traverser les lieux rapidement, sans jamais s'y arrêter.
- Comme le monsieur, là-bas ?
Le capitaine écarquilla des yeux éberlués lorsqu'il aperçut Cecil qui trottait énergiquement en direction de l'office de l'aile ouest. Il autorisa les enfants à se disperser un peu dans les jardins le temps de s'approcher de ce véritable revenant.
- Fried !
Le faux majordome se retourna au deuxième appel. Il avait complètement oublié que ce nom sec était l'identité sous laquelle il avait été présenté au QG – laquelle avait été peu usée car il avait pris l'habitude d'être apostrophé par « toi là-bas » ou un condescendant « valet ».
- Vous êtes de nouveau sur pieds, je n'aurais jamais imaginé vous voir aujourd'hui !
- Eh bien me voilà, répondit Cecil dans un demi-sourire avant que l'éclatant militaire n'ajoute quoi que ce soit. Pris au dépourvu, il chercha ses mots, ce dont il n'avait pas l'habitude.
- Je supervise une visite pour nos futures jeunes recrues. Ces enfants se montrent très curieux et enthousiastes.
- C'est charmant, fit le faux majordome en tâchant de ne pas laisser transparaître son désintérêt pour l'information.
- Que direz-vous de prendre un verre demain soir, Fried ? Voilà longtemps que...
- Cecil, corrigea l'intéressé. Je suis entré au QG sous une fausse identité sur ordre du Chevalier Gwendilan.
Dawkins afficha une mine totalement hébétée.
- J'étais ennuyé que vous soyez le seul de « l'équipe » à ne pas être au courant. Me voilà soulagé. Je prendrai une choppe demain soir avec grand plaisir, capitaine. Sur ce, je vous prie de bien vouloir m'excuser, le travail m'attend.
Les enfants s'approchèrent du capitaine abandonné au milieu du chemin. Il n'avait rien contrôlé lors de cette entrevue, ce qui le plongeait dans un vaste sentiment de ridicule. Et ce nom... Cecil ? Tant de mensonges – ou de vérités dissimulées ? - dans ce quartier général le mettaient mal à l'aise. Comment être sûr qu'il ne se ferait pas bientôt poignarder par l'un de ses frères d'armes, qui s'avérerait être un neveu caché du Prince Faust ? Les gamins levaient des yeux étonnés vers leur tuteur, qui ne pipait mot, l'air totalement ailleurs. Ce monde était fou. Dawkins reporta son attention sur les mômes, qui lui rendirent un sourire attendrissant. Au moins à cet âge-là, on pouvait encore rattraper les ravages d'un esprit corrompu par le vice. Le capitaine aimait cette sécurité que garantissait l'armée : l'ordre, la discipline, la droiture.
- Reprenons notre chemin.
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Chevalier Ailé (Ithilion)
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MessageSujet: Re: Je vous ai manqué ? [PV Ithilion]   Je vous ai manqué ? [PV Ithilion] EmptyDim 3 Fév - 13:53

La question mit du temps à atteindre l'attention d'Ithilion. Le petit groupe dans le jardin mené par le fier capitaine occupait l'ensemble de ses pensées. Même si étrangement, il ne parvenait pas à mettre de mot sur ses réflexions. Un brouillard de ressentis se mélangeaient actuellement pêle-mêle à l'intérieur de sa tête. Voir ces futures recrues découvrir l'Ordre le sourire aux lèvres, à un âge où d'autres jouaient et découvraient le monde avec insouciance, dessinait en lui une sombre mélancolie. Et non par la dévotion que ces enfants vouaient déjà à la valeur que représentait cette institution et les glorieux soldats qui y résidaient. Non. Le sentiment venait d'un recoin bien plus profond, caché au fond de ce brouillard et dont seul l'écho remontait à la surface.
Quand la voix de Sally perça sa bulle, Ithilion eut un léger sursaut. Un privilège rare. Pour cacher sa gêne, l'Ünik tenta de répondre au tac au tac une banalité :

-Je me remémore simplement mes premiers pas ici.

En réalité, depuis l'accident avec Ethan et la révélation, Ithilion ne risquait plus à plonger dans son passée. Il ne faisait plus confiance à ses propres souvenirs. Comme si chacun d'entre eux pouvait lui éclater à la figure avec la même violence que la vérité sur l'entité qu'il avait considéré comme son maître.
Il ne savait pas si son stratagème avait masqué sa déroute aux yeux de Sally. Toutefois, un évènement attira l'attention de tout le monde dans le jardin.  Alors que beaucoup le pensait aux portes de la mort, voir déjà de l'autre côté, Cecil traversait le jardin avec un aplomb retrouvé. Il fût intercepté par un Dawkins médusé qui n'attendit pas d'avantage pour le rejoindre. La configuration du jardin rapporta l'ensemble de la discussion aux oreilles des deux spectateurs sur la coursive.
Lorsque Cecil révéla sa véritable identité de la même manière qu'il aurait parlé de la météo, Ithilion écrasa son poing contre la rambarde en pierre.

-Mais quel abruti ! A peine rétabli..

La rage emporta le reste de ces mots. Il se mit tout de suite en direction de la zone vers laquelle semblait converger le faux-majordome. Période de dépression ou non, le chevalier allait lui faire passer un sale quart d'heure.  Le général Dawkins faisait certes parti du cercle très restreint sur qui Ithilion pouvait compter, mais il n'en restait pas moins un homme droit à la valeur forgée par le respect de la hiérarchie et de l'Ordre. La réalité sur Cecil et Sally risquait de buter sur ses principes, car Dawkins n’appréciait que ce qui était décrété par le règlement ou par ses supérieurs.
Ithilion allait très vite devoir lui parler, s'assurer que le jeune gradé n'allait pas rapporter cette information. Si une nouvelle enquête était ouverte, la cour martiale ne l'épargnerait pas, mettant en péril les deux réfugiées qu'il avait fait intégrer de manière illégale dans l'Ordre.

Les couloirs défilaient à grandes vitesses. Depuis quelques semaines, la situation lui échappait totalement et alors qu'il retrouvait enfin un semblant de contrôle sur le cour de sa vie, une simple phrase risquait de tout foutre en l'air. Une sensation rare grossissait dans ses entrailles. Ithilion qui s'était toujours imaginé intouchable, à la liberté inconditionnelle, avait découvert la force brute et impitoyable de la machine hiérarchique militaire d'Anathorey et espérait à ne plus devoir y faire face. Celle-ci le briserait sans aucun effort et le remplacerait par un autre pion plus docile. Il ne laissera pas ce noble de pacotille continuer agir selon son bon vouloir. Ensuite, il ira parler à Dawkins pour rattraper la situation.
Il ne fallut qu'une poignée de minutes pour retrouver et fondre sur Cecil comme un oiseau de proie. Malgré leur différence de taille, la poigne du chevalier colla sans effort l'ünik contre le mur par le col de sa tenue de service. Le visage pâle, creusé par des jours de manque d’appétit ou de sommeil, Ithilion n'eut pourtant aucune retenue dans ses gestes pour ce blanc-bec. Son air fier en toute circonstance, son regard condescendant qui rappelait sans cesse ses hautes origines, tout donnait chez cet homme une irrésistible envie de le frapper. Pourtant Ithilion se retint, toujours sous la menace du moindre écart.
-Tu me déçois. lâcha-t-il simplement en plantant ses yeux dans ceux de celui qu'il tenait. Moi qui te pensais si intelligent...Ton arrogance cache finalement un crétin. Tu es bien beau pour faire des leçons, mais lorsqu'il s'agit de les appliquer à toi même il n' y a plus personne. Remarque je ne m'étais jamais attendu à autre chose de ta part.
Son étreinte ne se relâcha pas. Même si il savait pertinemment que ces mots s'écraseraient vainement contre l'orgueil de Cecil, tant pis il allait au moins le mettre en garde :
-Tu viens simplement de nous mettre à nouveau sur la sellette. Cedric n'est pas qu'un soldat sans cervelle. Si il est arrivé où il en est  aussi jeune c'est pour plusieurs raisons.
Sa main relâcha le col de Cecil qui put enfin reprendre pleinement son souffle.
-Je ne sais pas ce qu'il s'est passé en fin de soirée l'autre jour, mais jamais toi et Sally ne serez plus en sécurité qu'ici. A condition que chacun joue son rôle pleinement jusqu'au bout. Si il y a quoique ce soit, je t'invite à m'en parler dès maintenant car garder tes minables secrets pour toi ne t'aidera pas à survivre plus longtemps dans cette jungle.
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MessageSujet: Re: Je vous ai manqué ? [PV Ithilion]   Je vous ai manqué ? [PV Ithilion] EmptyDim 3 Fév - 15:56

- Lâche-moi immédiatement, cracha Cecil en claquant d'un large revers la main du petit Chevalier qui avait osé l'empoigner par le col. Sa haute silhouette sombre se courba en avant pour toiser de toute sa hauteur la petitesse du soldat blanc. Ithilion avait sans le savoir dégoupiller ce qui ne demandait qu'à jaillir en dehors de Cecil, depuis des semaines entières.
- Je te déçois ? Mais qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ?
Les pas pressés de Sally, qui n'avait pas réussi à suivre Ithilion assez vite, se firent entendre. Elle s'immobilisa de surprise lorsqu'elle vit les deux hommes près à se foncer dessus comme deux taureaux qui allaient s'affronter.
- Tu me traites de beau parleur, mais toi aussi tu te poses là quand il s'agit de donner des leçons. Pourtant tout ce que tu savais de toi-même jusqu'à maintenant s'avère n'être qu'une farce dont tu es le dindon.
Sally amorça un pas mais Cecil l'arrêta d'un geste vif, sans quitter Ithilion des yeux. Dans son regard planait un léger voile de folie perdue.
- Pourquoi est-ce que tu t'obstines à croire qu'ici-bas quelque chose te protège ? On t'a menti. Tes amis, tes plus que frères, n'ont même pas eu la loyauté de t'avouer que tes souvenirs étaient faux. Maintenant que le rideau est tombé, quel genre de rôle veux-tu que l'on tienne exactement ? Plus personne n'est dupe de quoi que ce soit.
- Ca ne sert à rien de revenir là-dessus Cecil fit Sally qui osa s'approcher cette fois. Alaryk et Ethan se sont expliqués. Même s'ils avaient fait ce que tu dis, Ithilion ne les aurait certainement pas crus.

Cecil recula un peu. Le trouble de ses yeux s'en alla enfin pour laisser place à l'habituelle lucidité qui habitait ses pupilles. Le visage froissé par le doute, le faux majordome reprit :
- Je ne vois pas de quelle sécurité tu veux parler. Du moins, depuis que l'on sait qu'on ignore tout de cette vérité, je ne suis plus sûr de notre sécurité chez les Chasseurs ailés. Quelque part, je me demande si le seul miracle qui nous a fait échapper à notre passé ne serait pas l'impénétrabilité des murs de l'armée !
Plus loin dans le jardin, la visite de Dawkins et des enfants se poursuivait. Personne ne semblait prêter attention à eux. A croire que tous évoluaient dans des dimensions voisines mais non mitoyennes, qui ne s'effleuraient même pas, sourdes l'une à l'autre. Tout le Quartier général obéissait à cette loi curieuse.
- Quoi qu'il en soi, avant de me prendre de haut, tu ferais mieux de balayer devant ta porte, Ithi...
- Bon, ça suffit maintenant, le coupa sèchement Sally en s'interposant entre eux. Je sais que vous disputer vous amuse beaucoup, mais on a d'autres chaelums à fouetter en ce moment, vous ne croyez pas ?

La jeune femme passa de Cecil à Ithilion, puis d'Ithilion à Cecil, pour s'assurer qu'ils n'allaient pas tout de suite se sauter à la gorge. Au vu des récents événements, qu'ils aient touchés l'un ou l'autre, mieux valait faire preuve d'un peu de sang froid. Pour une fois, juste pour une fois.
- Je ne suis pas sûre de comprendre ce qui t'arrive Cecil. lui dit-elle avec une infinie douceur. Même si je te connais depuis longtemps, je ne connais pas le fardeau que tu portes. Tout ce que je sais, c'est qu'il n'a pas l'air de s'alléger...
La petite disciple se tourna vers Ithilion.
- Quant à toi, petit maître, tu ne pense pas qu'il y a une petite part de vérité dans ce qu'a dit Cecil ?
Elle arborait un air très soucieux. L'écho d'une certaine folie résonnait dans les couloirs du QG, un peu semblable à celui qui cognait contre ceux des Laboratoires de Sullivan. Tout prenait un son et une odeur de danger.
- Je dis ça parce que... parce que maintenant que tu sais que tes souvenirs sont faux, je me demande pourquoi tu n'as pas réussi à mettre la main sur la vérité... C'est à croire que quelqu'un, quelque part, ne veut pas que tu saches certaines choses.
Le visage de la jeune femme s'attarda dans celui de son ami. Il devait comprendre qu'elle n'était pas son ennemie, qu'elle était à même de le comprendre. Quelque part, elle avait le sentiment qu'ils étaient deux rescapés de deux naufrages différents, qui avaient trouvé un même radeau pour espérer s'en sortir. A condition seulement qu'ils se décident à se faire confiance une bonne fois pour toutes.
- C'est comme si tu avais mis sans le savoir le doigt sur un secret... Peut-être qu'il faudrait avancer avec ça en tête, à partir de maintenant.

Cecil demeura silencieux face à Ithilion et Sally. Avancer avec des secrets allait se révéler bien difficile. Derrière la muraille de leurs visages incrédules, il se sentait acculé. Cette matinée, où il s'était enfin levé, sonnait sans doute la fin de tous ses secrets. Il poussa un très profond soupir de dépit, de résignation et de désespoir.
- Bon, fit-il en passant lentement une main dans ses cheveux décoiffés. Il est sans doute temps que je vous raconte tout. A tous les deux. Mais pas ici, s'il vous plaît... Car ce sont des affaires très délicates.

Son expression était contrite de douleur. Cecil savait que la honte allait bientôt lui noyer la gorge à lui donner l'envie d'aller se fracasser dans les bras de la mort. Le pire serait sans doute la réaction d'Ithilion. Oh, non pas qu'il l'estimât au point de craindre de tomber en disgrâce à ses yeux, non, non. Mais la moindre moquerie serait susceptible de le pousser à bout. Sally quant à elle lui adressait toujours cet air bienveillant et soucieux, dont elle avait le secret. Comme si elle était sa petite sœur et sa maman à la fois. Comment le prendrait-elle ?
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MessageSujet: Re: Je vous ai manqué ? [PV Ithilion]   Je vous ai manqué ? [PV Ithilion] EmptySam 9 Mar - 14:19

Quelques semaines plus tôt, les mots acérés de Cecil auraient laminé le peu qu'il restait de la constance d'Ithilion. Depuis, il avait justement balayé devant sa porte, sinon il n'aurait jamais réussi à repartir en mission au sein de son équipe. Cette trahison commune surréaliste, il y pensait tous le jours et il comptait bien mettre la lumière sur ce voile qu'on avait délibérément maintenu sur sa personne.En attendant, il s'était juré de ne plus laisser la moindre faiblesse ressortir. Que ce soit ses frères d'arme, Sally ou par-dessus tout Cecil, personne n'aurait dû le voir dans un tel état. Mais l'histoire était ainsi écrite, il s'était préparé aux conséquences car cette période le poursuivra et cette erreur lui vaudra d'autres réflexions à l'image de la séquence qui venait de se déroulé.
Une autre raison permit à Ithilion de ne pas dérayer d'avantage : il avait parfaitement anticipé la réaction de Cecil. A l'instar des jours sombres du chevalier, le compagnon de Sally était devenu depuis le retour de la dernière mission que l'ombre de lui même, en proie d'un mal que cette fois personne savait expliquer. Déjà d'ordinaire piquant dans ces propos, son état d'animal sauvage blessé ou apeuré avait simplement fait ressurgir l'essence de sa nature lorsqu'il s'était fait prendre violemment à parti.
C'était pourquoi les coups qu'il porta à Ithilion au travers du fond de ses pensées n'eurent guère plus d'impact qu'à l'ordinaire. Ils se haïssaient depuis le début et jubilaient à chaque joute gagner sur l'autre. Pour lui, cette vérité que tentait de dépeindre Cecil n'était que le fruit d'une psychose récente et de son égoïsme. Il s'était toujours méfier de l'Ordre des Chasseurs Ailés et n'avait jamais apprécié que Sally s'y enrôle pour devenir plus forte, plus indépendante. Inutile de connaitre leur histoire pour comprendre l'emprise que l'ünik avait pu exercer sans peine sur la jeune femme alors si candide.
Aujourd'hui sa protégée avait bien changé. Ce fût avec un ton autoritaire qu'elle mit fin à la querelle avant qu'elle ne s'envenime d'avantage. Son regard chargé de douceur navigua entre les deux hommes avant de les mettre chacun face à la réalité de la situation.
L'echo des pensées de Cecil dans les mots qu'elle adressa à Ithilion le déstabilisa un peu plus. Bien sur, il ne voyait plus l'Ordre comme avant, cette histoire montrait bien que quelque chose clochait. Pourquoi un corps d'élite mettrait autant de moyens pour garder un soldat sujet à des hallucinations ? La question le travaillait également. Toutefois, il considérait cet endroit comme sa maison et ses valeurs le poussaient à laver ses lettres de noblesse plutôt que de l' abandonner si celles-ci s'étaient retrouvées salies par de sombres manigances. 
                 
Le regard capté par celui de Sally, Ithilion lui répondit à voix basse :
-Justement. Qu'est ce qui pousserait l'armée d'Anathorey à garder un soldat déviant ? A monter une telle pièce de théâtre pour me confiner dans une illusion qui a priori ne mènerait à rien ? J'ai tiré sur un de mes coéquipiers et je suis toujours en service. Sans dire que je ne crains rien, je ne pense pas me tromper en affirmant avoir de l'important pour eux ici.
Ithilion se retourna alors vers le faux-majordome.
-Et ce n'est pas être un simple soldat sans cervelle que de penser ainsi. Nous sommes tous les pions d'un grand échiquier. Cependant, je compte bien jouer à mon tour et trouver le roi pour le mettre mat! Et ça, ça ne sera pas possible en fuyant éternellement.

Le chevalier remontait doucement en pression au fur et mesure qu'il s'expliquait. On s'était suffisamment moqué de lui, les responsables de cette histoire ne s'attendaient certainement pas à ce leurs actes ne les rattrapent un jour, couvert par l'anonymat et la puissance des postes qu'ils occupaient, mais Ithilion était décidé depuis un moment, il partait en chasse.

 -Tu vas me dire que cette histoire ne te concerne pas. Très bien. Mais tu parles d'insécurité alors pour l'heure, tant que tu ne cris pas la vérité sur vos identités à tous les Chasseurs Ailées que tu croises, je ne vois rien qui devrait vous inquiéter. A moins que tu es quelque chose à nous dire ?
Un silence se posa. Dawkins et ses recrus avaient continué la visite hors du jardin, ne laissant plus que le ronronnement sourd et lointain de la ville d'Anathorey napper le fond sonore. Soudain Cecil se mit à soupirer d'une façon qui précédait toujours un terrible aveux. La demande qui formula derrière sonna de manière très inhabituelle et son visage arbora quelques instants les traits d'une profonde fatigue bien antérieure à l'état dans lequel il se trouvait. Tous ces détails commençaient à alarmer l'instinct d'Ithilion. Les récents changements brutaux d'attitude de Cecil n'annonçaient vraiment rien de bon.
-Bien. lâcha simplement Ithilion l'air grave. Suivez moi, on va se mettre dans une salle de réunion.
Les salles de réunion militaire se trouvaient dans une aile au premier niveau en sous-sol. Sally et Cecil n'avaient jamais eu l'occasion de se rendre dans cette partie du Quartier Général car elle était principalement réservée aux gradés lors d'établissement de missions sensibles. Deux portes en métal à double vantaux se trouvaient de part et d’autre du couloir dans lequel Ithilion s'était engouffré. Au-dessus de chacune d'entre elles se trouvaient une lampe rouge et une lampe verte. Le chevalier s'approcha de la première porte avec une lampe verte allumée et sorti un badge qu'il posa sur le petit boitier qui se trouvait à droite de l'encadrure. La console disparut dans le mur et la porte s'ouvrit automatiquement laissant apparaitre des battants si massifs qu'on venait à se demander si un homme normalement constitué arriverait à l'ouvrir seul.
A l'intérieur de la salle tapis par une moquette rouge trônait une grande table ovale avec un écran numérique incrusté en son centre. Les murs arboraient très sobrement des panneaux en bois blancs ouvragés qui remontaient jusqu'à un plafond si bas qu'Alaryk devait légèrement s'incliner lorsqu'il se déplaçait ici. Malgré l'élégance de la pièce, bien que très simple dans sa décoration, il y régnait une atmosphère  pesante, voir écrasante.
En passant le palier, la console d'entrée était visible à présent de l'autre côté de la paroi.

-Je ne connais pas la nature de ce que tu as à nous dire. dit alors Ithilion en allant s'installer à une chaise. Mais tu peux être certain qu'ici aucunes paroles ne sortiront de cette salle. Elles ont été construites pour confiner les secrets d'état les plus inavouables. Nous ne sommes plus que tous les trois.
Le regard d'Ithilion se porta vers celui qui allait prendre la parole. Les coudes posés sur la table, ses mains se joignirent devant son visage, tandis que l'épaisse porte refermait l'accès de se véritable coffre-fort. Dans le couloir, une lumière rouge s'alluma.
                    
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MessageSujet: Re: Je vous ai manqué ? [PV Ithilion]   Je vous ai manqué ? [PV Ithilion] EmptyLun 11 Mar - 23:28

Sally découvrit la nouvelle zone du QG avec une surprise que Cecil ne partagea pas. Il marcha le regard fiché sur le sol, jusqu'à ce qu'Ithilion ouvre ce qui ressemblait à une salle secrète, dans laquelle il les invita à entrer. Les deux battants métalliques de la très grande porte se refermèrent derrière eux. Le silence feutré d'une pièce tapissée de rouge les happa. Une grande table trônait au centre. Ithilion s'y assit le premier, et tint à assurer Cecil qu'aucun propos prononcé ici ne risquait d'en sortir : l'endroit avait été pensé pour accueillir les réunions militaires portant sur les sujets les plus délicats. Sally fut tentée de demander au petit Chevalier d'où il tenait l'accès à une telle salle, mais les yeux fermés de Cecil et son expression de douleur naissante l'en dissuadèrent. Elle alla s'asseoir à son tour, mais pas à côté d'Ithilion. Elle se mit à deux chaises d'écart, pour qu'il reste une place pour Cecil entre eux. C'était un bon choix. Un face à face aurait trop ressemblé à un interrogatoire. Mais n'allait-il pas passer aux aveux, comme un délinquant ?

D'une main légèrement tremblante, il tira le dossier de la chaise vers lui. Son geste était si lent qu'on aurait pu croire qu'il avait peur de briser tout ce qu'il touchait. Il finit par s'asseoir, le regard plein de cernes levé vers l'horloge murale juste en face. Un nouveau soupir fut extirpé des tréfonds de ses poumons. Il posa ses mains sur ses cuisses, laissa retomber ses épaules en arrière et s'avachit un peu sur son siège. Le faux majordome avait retiré ses gants, abandonné son port de tête, relâché sa colonne vertébrale, laissé aller ses pieds devant lui. Plus aucun air sarcastique ne traînait sur son visage fatigué. Si fatigué qu'il ne portait plus la moindre trace de son ancien masque.
- J'aimerais que vous ne m'interrompiez pas.
Il n'avait encore jamais parlé avec une telle voix.
Où avait-ce commencé, déjà ? C'était il y a si longtemps qu'il n'était plus sûr de s'en souvenir. Peut-être n'y avait-il jamais eu de début comme on en lit dans les contes de fées, où la formule magique « il état une fois » permet de trouver des repères immédiats. Comment s'y prendre pour raconter une vie ? Car c'était ce que Cecil s'apprêtait à faire : narrer ce qu'il était, d'où il venait, comment il s'était retrouvé là, dans ce Q.G, avec eux.
- C'est une très, très longue histoire.

Mais il était nécessaire qu'il la raconte entièrement.

Il y avait vingt-six ans de cela, peut-être vingt-sept, il ne savait plus très bien, il naquit à Anathorey, dans l'une des plus vieilles et prestigieuses familles de l’Élite nobiliaire. Il n'avait pas cinq ans lorsqu'il comprit qu'il portait un nom si prestigieux qu'il suffisait que quelqu'un le prononce pour soumettre tous les autres. Il sut que les autres avaient d'ailleurs le devoir de se soumettre. La valeur de son rang, de son héritage et de son titre lui avaient été transmise alors qu'il ne savait même pas s'habiller tout seul. Mais à vrai dire, il ne s'était jamais habillé tout seul, car un fils de Duc a nécessairement un valet de chambre et plusieurs valets de pied à son service. Aussi loin qu'il s'en souvienne, il avait toujours eu à ses pieds une armada de serviteurs, qui faisaient tout pour le satisfaire selon son bon plaisir. Il avait grandit avec beaucoup de complaisance dans cet univers où tout lui était dû, car c'était dans l'ordre des choses, car il faisait partie des forts. C'étaient son père et sa mère qui le lui avaient appris. Avant même qu'il ne sache lire, il savait sur le bout des doigts quelle était sa place dans l'univers.

Ses parents avaient veillé à ce qu'il ait une éducation parfaite, une instruction parfaite, un savoir-vivre parfait. Façonné à leur image dès tout petit, il était rapidement devenu l'image idéale d'un héritier tout à fait digne de prendre un jour la tête de la maison et d'arborer ses armoiries. C'était ainsi, c'était dans l'ordre des choses. Ce même ordre des choses exigeait qu'il côtoie ses semblables, à l'image de ses parents. Ils décidèrent qu'il devait se lier d'amitié avec le fils du Comte Vanclieff. Comme il était un fils qui avait assimilé la place qui serait la sienne, il obéit, et devint un ami de Rainer. Les convenances finirent par se changer en affinité réelle, puisqu'ils prenaient du plaisir à se voir régulièrement. Un peu comme Ithilion, Ethan et Alaryk s'il fallait faire une comparaison.
Quoique.
Non, ce n'était pas pareil. Cela n'avait rien à voir. Quand Rainer était là, qu'il fut invité chez lui ou l'inverse, il en oubliait les autres. Seuls leurs jeux comptaient, puis plus tard en grandissant leurs discussions, dans ces moments où ils pouvaient se retrouver ensemble sans faire trop attention à comment ils se tenaient, car ils se connaissaient depuis longtemps. Bientôt, la présence de Rainer lui faisait oublier qu'il devait la courtoisie à des jeunes filles de bonne famille, qui elles aussi méritaient tous les égards dus à leur rang. Il devait s'intéresser à elles et dans l'idéal se rapprocher d'une seule. N'importe laquelle du moment que ses parents et les siens approuvaient. Une union pourrait être envisagée, l'avenir du duché assuré et les traditions bien ordonnées.

Rien ne s'était produit selon ce qu'avait voulu sa mère. Cecil aimait Rainer, et Rainer aimait Cecil. Au cœur de l'adolescence, ils étaient à la recherche d'intimité, conscients qu'ils enfreignaient toutes les règles immuables qui régissaient leur monde. Ils avaient tout contre eux : les usages, la morale et la loi. Pourtant aucun des grands interdits ne les effrayèrent assez pour tarir leurs sentiments. Cela pouvait paraître étrange quand on connaissait son effronterie actuelle, mais il s'était avéré le plus craintif dans l'histoire. Rainer était plus courageux, il le rassurait toujours, il élaborait des stratégies et imaginait de bons mensonges pour qu'on leur fiche la paix. Il prodiguait toujours ses directives avec un regard plein de malice, en souriant, d'un air de défier le monde entier. C'était le genre d'audace dont le petit héritier parfait qu'il était avait besoin, lui qui n'avait jamais désobéi, lui qui ne connaissait pas la disgrâce, lui dont les louanges étaient chantés par des parents très fiers. Cela lui faisait du bien d'écouter Rainer, car même s'il avait voulu se discipliner, il n'aurait pas pu : il était viscéralement attiré par ce garçon. Il l'aimait de tout son être jusqu'au bout des ongles comme s'il lui était rentré sous la peau.
Les cachotteries durèrent un moment. Là non plus il ne savait plus vraiment combien. Tout se compliqua le jour où, quelque part sur leur plan réglé comme du papier à musique, un domestique ne fit pas exactement ce qu'il faisait depuis des années chaque jour, comme d'habitude. Une erreur ou une étourderie, que savait-il, l'avait fait revenir sur ses pas. Et il les avait surpris tous les deux.

Bien qu'il ait su avoir transgressé des règles, il ne ressentit de honte qu'une fois accablé par le regard de ses parents. Il s'en souvenait comme si c'était hier. Leurs yeux étaient plein d'une déception et d'un mépris dont jamais il n'aurait imaginé être l'objet. Ils n'avaient pas eu besoin de parler. De toute manière, ils ne savaient pas quoi dire. Ils devaient se demander ce qu'ils avaient fait de mal, ce qu'ils avaient omis de lui apprendre, ce qu'ils avaient dit qui ait pu être mal interprété. Mais au fond, ils se taisaient car ils savaient n'avoir commis aucun faux pas. Devant eux, devant leurs regards plein de réprimandes, Cecil osa à son tour lever des yeux dévorés par l'envie de se défendre. Lui non plus n'avait commis aucun faux pas, ni n'avait omis les principes qui avaient toujours régis sa vie. Il avait toujours été un modèle parfait en tout point et de toutes les façons. A moins que ne pas manifester de préférence pour une jeune fille, pour les jeunes filles en général, ne fut une faute ? C'était ce que ses parents lui affirmèrent avec vigueur. C'était ce qu'il contesta sans moins de force. Ce n'était pas une dissidence, c'était une différence. Ce n'était pas une déviance, c'était un amour dont ils n'avaient pas l'habitude. Ce n'était pas gênant, c'était exactement comme ce qu'on lisait dans les livres, à ceci près qu'il y avait deux princes dont l'un remplaçait la princesse. Ce n'était pas un abandon de virilité, au contraire, c'était une affirmation de lui-même, la plus belle et la plus parfaite qu'il avait encore jamais éprouvée. Un duel d'esprit et de cœur opposa pour la première fois les parents à leur fils.

Il aurait sans doute pu tenir sa situation très longtemps, il se serait montré très têtu et obstiné sans relâche, si Rainer n'avait pas immédiatement perdu tout son courage.
Dans l'intimité d'un couloir sombre ou d'une chambre mal éclairée, il s'était fait maître de leur secret. A la dénonciation du premier témoin venu, il s'était fait tout petit, s'était soumis, avait mis les genoux au sol et imploré à père et mère l'indulgence pour leur pauvre fils manipulé. Tremblant de toutes les larmes de son corps, Rainer avait déclaré, asséné, répété, hurlé que Cecil s'était servi de son Dzêta sur lui.

C'était faux. Mille preuves eu permis de comprendre que c'était un horrible mensonge. Ses parents savaient très bien qu'il ne pouvait utiliser son Dzêta qu'une seule fois sur une même personne. Ils savaient tout aussi bien que la cible n'était pas en mesure de se souvenir de cette emprise ni de l'ordre donné. L'ignorance de Rainer sautait aux yeux, ils n'y eu fallu qu'à admettre que leur fils avait agi avec le plein consentement d'un garçon qui partageait ses sentiments.

Pourtant son père et sa mère prirent la décision de faire comme s'ils croyaient Rainer. Ils décidèrent de présenter des excuses au Comte et à la Comtesse Vanclieff, pour le déshonneur immense qui avait été causé à leur fils, à cause du leur. Ils implorèrent leur pardon jusqu'à ce qu'ils promettent que rien de cette affaire ne sortirait du salon où ils s'étaient réunis pour débattre de la sombre affaire. Touchés par la détresse du Duc et de la Duchesse, qui s'étaient toujours montrés si vertueux et qui n'avaient pas demandé à avoir un fils possédé un mal si abject, ils leur indiquèrent une solution. Il y avait dans leur famille un garçon, un Erudit qui travaillait au sein des Laboratoires. Très au fait des questions touchant les maladies les plus malsaines de l'Ünicité, il pourrait très certainement aider Cecil à guérir.

Il ne fallut pas plus de temps au Duc et à la Duchesse pour décider de l'envoyer là-bas. Cela durerait le temps qu'il faudrait, cela coûterait ce que cela devait coûter, mais leur fils devait en revenir avec une santé rétablie et un honneur réparé. Il ne pouvait en être autrement.

C'est ainsi que Rainer pu refouler tout ce qu'il était au fond de lui-même, pour sauver ce que la vie avait décidé pour lui : son héritage, son rang, son honneur, au prix de son intégrité.

Lui, en revanche, ne s'était pas laissé faire. Il avait refusé de se faire traiter comme un chien. Il voulait faire preuve d'intégrité, se montrer fier, comme il l'avait toujours été. Ils s'y étaient mis  plusieurs pour l'arracher de sa maison, il avait fallu l'assommer pour le larguer dans le convoi et l'emmener aux Laboratoires. En se réveillant, il avait vu le visage d'Aaron, le cousin prodigue, juste au-dessus du sien. Il souriait, cela lui avait fait peur. Et juste derrière lui se tenait Madame Sullivan. Quant à ce qu'il s'était passé dans ces fichus Laboratoires, eh bien... Tout ce qu'il y avait à savoir, c'est qu'il avait été, du premier jour jusqu'au dernier, enfermé dans une chambre où la lumière était allumée le jour et éteinte la nuit. On ne l'en sortait que pour aller dans la salle où il subissait le programme de redressement de la virilité. Aaron utilisait plein d'instruments, au gré de ce qui relevait d'une créativité sadique plutôt que de la recherche scientifique.

Il savait qu'il n'était pas malade. Il n'avait jamais entendu changer quoi que ce soit à ce qu'il était, car il savait qu'il était né ainsi, et qu'il serait heureux s'il se laissait vivre ainsi. Si on le laissait vivre ainsi. Mais comme ce n'était pas le cas, il avait parfois été obligé faire semblant. Avec Madame Sullivan en personne, quand elle se sentait trop seule, comme Aaron régulièrement. A ceci près que ce petit homme dépravé aimait cela.

Cela avait duré huit ans. Au cours de ces années, il avait été amené à apercevoir Sally de temps en temps. Il l'avait même rencontrée. Mais Madame Sullivan refusait qu'elle soit utilisée pour son programme de redressement : c'était à elle qu'incombait ce rôle.
Cette Erudite n'était qu'une vieille chienne lubrique. C'était tant mieux, que son Laboratoire ait fini par lui péter à la gueule, qu'il ait pu partir avec Sally, et qu'ils lui aient échappé et qu'ils lui échappent encore maintenant.

Mais pour combien de temps ?

S'il avait été bouleversé pendant la soirée, c'était parce qu'il s'était retrouvé nez à nez avec Rainer. Il était là, planté devant lui, comme tombé du ciel. Il l'a immédiatement reconnu, cet ancien ami qu'il a indirectement envoyé se faire souiller par la science. Mais lui ne s'est pas laissé avoir, il est parvenu à faire douter Rainer. Il est reparti en s'excusant de son erreur, avec une très jolie femme à son bras qui l'appelait son époux et qui parlait de leurs enfants. Voilà ce que le mensonge de Rainer lui avait permis d'avoir : une vie décente. Il avait grandi, il s'était marié, il avait des enfants. Pourtant il avait lu dans ses yeux le même désarroi qu'autrefois. A présent, il portait sa lâcheté sur son visage. Mais le poids de ce masque devait être léger, ô combien léger, au vu de la tranquillité qu'il assurait. Peut-être qu'il aurait dû mentir, lui aussi.

Mais à l'époque, il n'avait tout simplement pas pu.

Cecil cessa de parler. La grande aiguille de l'horloge avait fait au moins un tour et demi. Il ne cessait de la fixer, trop effrayé pour affronter le regard de ses interlocuteurs, qu'il sentait déjà pesé contre ses tempes. Il avait parlé sans aucun tremblement dans la voix, sans émoi, sans faiblesse. Un timbre grave avait accompagné son récit, ainsi que plusieurs silences.
- Combien de temps doutera-t-il encore ? C'est la question. Il n'est pas à exclure qu'il veuille informer Aaron de cet événement. Ne serait-ce que pour partager son trouble. Je connais bien Rainer, cela lui ressemblerait bien, de faire ce genre d’imbécillité.

Un nouveau silence.
- Maintenant, vous savez tout.

Un soupir conclusif s'évapora entre ses lèvres blêmes et il ferma les yeux en laissant partir en arrière sa tête lourde, très lourde. Enfin. Enfin, il avait pu être lui.
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MessageSujet: Re: Je vous ai manqué ? [PV Ithilion]   Je vous ai manqué ? [PV Ithilion] EmptySam 20 Juil - 10:12

Un long silence accueillit la fin du récit. La révélation de Cécil quant à ses orientations sentimentales avait fait tiquer Ithilion, mais il en arrivait presque à lui pardonner ces affres de l'amour tant les conséquences avaient été terribles. Certes l'homosexualité représentait un crime, mais au delà des lois chacun savait pertinemment qu'elle existait et vivait indépendamment des consentements régaliens ou sociaux. Malgré un tabou hypocrite étouffé par tous les moyens à disposition de la propagande, des pratiques entre hommes arrivaient plus souvent qu'on ne le s'imaginait dans les corps d'armée, car peu nombreuses étaient les divisions qui permettaient une égalité des sexes à l'instar des Chevaliers Ailés et certaines longues missions créaient chez certain des besoins primaires impossibles à assouvir autrement.
Ithilion se moquait de la loi à ce point de vue et l’exécutait simplement parce que c'était son rôle. Ces gens le mettaient mal à l'aise, l'idée même que l'on puisse embrasser un autre homme le dégoutait, mais il n'irait pas jusqu'à cautionner les terribles expériences que Cecil avaient subi dans les entrailles de base de recherche. Après tout, sa rencontre avec Sally avait complètement remis en cause l'image et les informations qui étaient matraquées sur les Parias afin de maintenir cette chasse au sorcière. Même pour ceux qui avaient déjà combattu les Hybrids, personne au sein de QG ne pouvait douter la moindre seconde que cette jeune femme se trouvait être le fruit d'une union interdite entre deux races. Bien des Üniks se trouvaient être des êtres bien plus horribles et terrifiant, à l'image de cette dame Sullivan qui ne cessait de revenir dans les passées de Sally et de Cecil, que ces individus qui n'avaient jamais demandé à être ce qu'elles étaient et qui tentaient péniblement de vivre le plus modestement possible.

Son silence accompagna également un temps de réflexion. Si le pressentiment du faux-majordome concernant cet Ünik qui l'avait trahi se concrétisait, alors il ne faudra pas longtemps avant qu'une cellule d'investigation viennent s'ingérer dans l'Ordre des Chasseurs Ailés. Surtout qu'au vu des types d'expériences qu'elles menaient, Sullivan semblait posséder des moyens et des relations qui risquaient de faire plier l'autorité de Klegan sans difficulté, et même l'influence du dzêta de Cecil ne pourrait rien y changer. Une idée lui vint alors, lui permettant par la même occasion de ne pas commenter la partie du récit qui malgré tout le mettait quelque peu mal à l'aise.

-Je vois...laissa suspendre Ithilion en gardant un ton le plus neutre possible. Et selon toi, est-il envisageable de retrouver ce Rainer et de le clouer au silence avec ton oeil ?

Le temps était évidemment compté. Impossible de savoir si cet homme avait déjà pu transmettre des informations aux intéressés mais foutu pour foutu, au mieux ils arriveraient avant qu'il ne soit trop tard, au pire ils pourraient anticiper la suite des évènements qui ne s'annonçaient pas roses. Pour Cecil et Sally cela signifierait le retour dans leurs cages, traités comme des animaux de laboratoire sous l'emprise de cette femme. Pour lui, bons services ou non, la cour martiale ne lui pardonnerait jamais une telle haute trahison. Cacher une Paria et un homosexuel en les faisant pénétrer dans un corps d'armée d'élite constituait un crime d'état dont le procès était déjà établi. L'idée de mourir de la main de ceux qu'il avait servi et protégé lui déplaisait fortement, il fallait donc réagir.

- Chaque seconde compte à partir de maintenant. pressa le chevalier. Il faut rapidement qu'on le retrouve ! Qu'importe combien cela puisse te couter, car notre seule solution pour anticiper ce qui arrivera est de lui mettre la main dessus maintenant.

Ithilion s'adressait à Cecil, pour autant il ne le fixait pas dans les yeux comme avant. Le Chasseur Ailé craignait avant tout les conséquences de cette mauvaise pour lui et pour Sally. Sa voix ne trahissait pas de dégout envers Cecil, mais son histoire n'avait surement pas fait évolué le peu de compassion qu'il avait à son égard. Ithilion se tourna plutôt vers son amie pour chercher un peu de soutien.
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MessageSujet: Re: Je vous ai manqué ? [PV Ithilion]   Je vous ai manqué ? [PV Ithilion] EmptyDim 4 Aoû - 13:44

Sally ne décrochait pas son regard de Cecil. Elle détaillait son visage amaigri, teinté d'une pâleur maladive depuis qu'il avait commencé son récit, les poches violettes que supportaient ses yeux fatigués, ses lèves qui tremblaient. Elle en oubliait qu'il était porteur d'une fierté arrogante il y avait encore de cela une semaine. La stature du majordome s'était transformée en silhouette de prisonnier exsangue. Ses longs bras pendaient de part et d'autre de la chaise où il était avachi, si bien qu'il touchait le sol du bout de ses doigts.
Cecil demeura dans cet état éparpillé lorsqu'il eut terminé de raconter sa terrible histoire. Il avait poussé un gros soupir puis regardé le plafond, les yeux plein d'abattement. Sans doute n'y avait-il pour lui pas pire humiliation que de s'être ainsi ouvert, surtout à Ithilion. Les circonstances démontraient d'ailleurs que seule la contrainte l'y avait poussé. Sally n'était pas vive d'esprit, Cecil le lui avait souvent dit, mais elle connaissait suffisamment son ami pour comprendre que sans les événements chez Everlue, il aurait continué à garder ce secret bien caché au fond de lui. Elle songea alors aux très nombreuses fois où il lui avait répété de ne pas dévoiler sa propre condition de Paria.

Quelques minutes s'écoulèrent sans qu'aucun des trois ne prononce une parole. Ithilion finit par briser le silence d'une occurrence dont il avait le secret, totalement dénuée d'émotion et emprunte d'un très grand pragmatisme. Le son de sa voix fit l'effet d'un éveil brutal à Sally. Que faire pour s'assurer du silence de Rainer? Ils n'avaient d'autre choix que de jouer la montre : ce ne serait certainement pas drôle pour Cecil, mais il fallait absolument retrouver Rainer avant qu'il n'aille parler de ce qu'il avait vu. Il était clair qu'un procès devant la cour martiale n'était pas pour réjouir le petit chevalier.
Cecil se redressa péniblement, le regard perdu quelque part devant lui. Il fouilla dans sa poche et sorti une cigarette un peu tordue, qu'il alluma et commença à fumer, accoudé sur ses genoux, le dos voûté.
- Trouver Rainer n'est pas le plus compliqué. Consulter « l'Annuaire de l'Aristocratie » suffit. Le plus dur sera de trouver un moment adéquat pour...
Il s'interrompit. Un sourire triste se dessina sur son visage.
- Franchement quelle ironie, dit-il avant de tirer doucement sur sa cigarette.

Sally laissait son esprit danser sur les volutes de fumées. Lorsque la cendre tomba, elle sortit de sa rêverie et demanda tout haut :
- Et s'il avait déjà parlé ?
Cecil ne put s'empêcher de pouffer. Ah ça ! Il écrasa son mégot sous sa semelle et laissa sa phrase en suspend. Tout indiquait dans son attitude qu'il estimait la situation désespérée. Le regard qu'il adressa à Sally disait « tant pis, on est complètement fichu ». Il vit dans la question de son amie une marque d'angoisse qui lui était propre. Il jouait son rôle de protecteur, de frère, peut-être d'amant malheureux, en l'invitant à faire face à la réalité. Ce fatalisme l'empêcha de comprendre qu'à la vérité se cachait un embryon d'idée dans les paroles de Sally. Toutes les révélations de Cecil n'avaient pas fini de résonner en elle qu'elle avait songé à une folie, à une folie pure, qui pourtant pourrait se révéler plus efficace que n'importe lequel des plans stratégiques d'Ithilion et le faux majordome réunis.

Sally se leva et s'excusa, puis fonça dans la bibliothèque du QG. Là-bas, elle tomba nez-à-nez avec Simon Strauss, dont l'activité principale était de remplir des rapports militaires sous une petite lampe jaunie par le temps. Il fit un grand sourire à Sally derrière ses lunettes rectangulaires qui lui mangeaient la moitié du visage. Ils entretenaient des rapports amicaux depuis l'épreuve qu'ils avaient tous les deux subie dans la Forêt Profonde.
- Ouh lala, je ne sais pas ce qui t'amène, mais ça doit être du sérieux pour que tu viennes jusqu'ici !
- Tu saurais me dire où je peux trouver les lois Üniks ? Une question me pose une colle et j'ai besoin de très vite trouver la réponse.
Simon remonta ses lunettes du dos de sa main, geste caractéristique de ce joyeux personnage.
- P'tite Nancy, je doute que tu aies besoin de toutes les lois Üniks pour répondre à une seule question. Il prit appui sur la table et se dressa d'un bond. Dis à Simon de quoi il s'agit, qu'il puisse t'aider.

Une heure plus tard, Sally se trouvait debout devant une table dont on ne distinguait plus le bois, tant de nombreux ouvrages et papiers s'y trouvaient éparpillés. Parmi les textes se trouvaient des tomes et compilations des Grandes lois de l'éthique Erudite et le Code d'instruction criminel princier. A côté d'elle, Simon se gratta la tête comme le font les enfants lorsqu'ils sont embarrassés.
- Et dis-moi, qu'est-ce qu'on cherche ?
Sally était restée suffisamment évasive pour éviter d'éveiller les soupçons de Simon. Même s'il était un ami digne de confiance, il était hors de question de le mêler à cette histoire, trop longue et trop compliquée à expliquer, et surtout bien trop dangereuse.
- D'abord, on cherche à savoir si une règle a été enfreinte.
Elle s'empara d'une chaise, y posa son derrière et saisit le premier tome des lois pénales Üniks. Simon soupira pour se donner du courage et l'imita.
- Alors au boulot !
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MessageSujet: Re: Je vous ai manqué ? [PV Ithilion]   Je vous ai manqué ? [PV Ithilion] EmptyDim 18 Aoû - 19:22

Sally disparut comme emportée par un furieux courant d'air, laissant plantés derrière elle les deux hommes. Ithilion leva un sourcil interrogateur en direction de Cecil et reçut un simple haussement d'épaule en retour. Les éclats de la Paria  étaient généralement en dehors du raisonnement du commun des mortels et mieux valait attendre le résultat plutôt que de risquer la migraine à essayer de comprendre. Aussi le chevalier se concentra sur la tâche qui l'attendait. 
Trouver Rainer lui paraissait de toute manière incontournable. Les enjeux pour le statut de l'Ordre des Chasseurs Ailés et surtout pour sa personne étaient trop importants pour qu'il ne passe pas rapidement à l'action. Si ce gars avait déjà vidé son sac, au moins, cette entrevue improvisée lui permettra à minima d'anticiper la suite. Bien que cette dernière ne s’annoncerait pas être des plus réjouissantes. Ithilion abandonna le faux-majordome en lui signalant qu'il allait se préparer. Le départ se fera dans une heure. Il n'attendit pas le hochement de tête peu enthousiaste en guise de réponse pour tourner les talons et se diriger vers ses quartiers.

L'accalmie des derrières semaines se voyaient menacée par des nuages sombres arrivant à grande vitesse. Ithilion détestait cette sensation de perte total du contrôle des événements. Tout en marchant rapidement, il ne pût s'empêcher de maugréer un flot de paroles incompréhensible concernant cette situation inattendue. Cet exutoire lui permettait d'évacuer l'anxiété qui montait en lui à mesure qu'il réalisait l'ampleur de la situation.
A l'angle du couloir donnant sur sa chambre, il faillit rentrer dans un immense pilier qui à sa connaissance n'avait jamais été là. Il s'agissait en réalité d'Alaryk. Le colosse lui afficha un de ses sourires les plus radieux dont il avait le secret.

-Il me semblait bien avoir entendu ta petite voix mélodieuse. Que ce passe t-il ?

-Problème. marmonna simplement Ithilion en le contournant pour atteindre sa porte.

Les sourcils d'Alaryk se joignirent, perplexes. Les problèmes présentés sur ce ton de la part de son coéquipier et ami de toujours n'étaient  jamais simples. Inquiet, il décida de creuser un peu plus et de se présenter dans l'encadrement de la porte laissée ouverte. A l'intérieur, il vit Ithilion rassembler ses affaires et ses équipements de mission à la hâte. Ses gestes étaient sûrs, mais son regard d'ordinaire perçant et vif semblait figé, comme perdu au fin fond de ses réflexions. Pas bon signe du tout songea Alaryk en tapotant sur la porte pour signaler sa présence.

-Tu pars en voyage ?

-Un simple aller retour en ville. Tu n'as rien d'autre à foutre ?

La réponse agressive lancée au tac au tac comme une balle n'atteignit pas Alaryk qui avait l'habitude des sauts d'humeur de son coéquipier. Il ne se laissa donc pas démonter. Il ne connaissait Ithilion que trop bien dans ces moments là. Il devenait aussi bien dangereux pour les autres que pour lui même. Avec les événements récents à son sujet, Alaryk préféraient prendre les devants pour éviter de nouvelles complications. Il décida alors d'employer toutes les astuces diplomatiques dont la nature l'avait pourvu.

-Je te laisse 5 secondes pour m'expliquer. Ne m'oblige pas à te fracasser le crâne contre le mur pour m'assurer que tu resteras sagement dans ton lit plutôt que de te retrouver devant la cour martiale.

La mise en garde eut l'effet escompté, à la grande surprise de son auteur. D'ordinaire, les poudres se seraient enflammées, mais cette fois Ithilion se laissa tomber sur le siège sur lequel il remplissait frénétiquement un sac quelques secondes auparavant. Il ne lui fallut qu'une poignée de minutes pour lui résumer la situation. Bien qu'il ne possédait aucune estime envers le faux-majordome, il décida de tordre l'histoire en cachant la véritable nature de la relation entre Cecil et Rainer. La finalité en restait de toute manière inchangée. La nature de Sally menaçait les Chasseurs Ailés si elle était révélée. Et ne connaissant absolument pas cette Sullivan, ni son pouvoir, ni son niveau d'influence, il était impossible d'estimer quels moyens de pression elle pouvait enclencher pour retrouver ce qu'elle considérait être comme ses biens. L'air grave Alaryk hocha plusieurs fois de la tête, comprenant les conséquences  que pourraient entraîner cette malencontreuse rencontre entre l'ami de Sally et cette connaissance du passée. Il soupira.

-On est dans de beaux draps. Comme seul toi en a le secret. Une Paria et un déchu de la noblesse...C'est l’échafaud pour l'ensemble d'entre nous.

Comme si la terrible sanction encourue redonna à Ithilion la notion du temps s'écoulant, il fourra ses dernières affaires avant de fermer son sac.
il le cala sur son dos avant de se diriger vers la sortie.

- On a pas d'autres choix que d'aller trouver ce type et savoir si il a déjà tout balancé. Auquel cas...

Il n'eut pas besoin de finir sa phrase. Alaryk constata simplement qu'il n'avait pas de solutions miracles. Leur seul espoir actuel dépendait de l'agissement ou non d'un homme qui en voulait apparemment aux faux-majordome. Autant dire que cela reposait sur rien.
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MessageSujet: Re: Je vous ai manqué ? [PV Ithilion]   Je vous ai manqué ? [PV Ithilion] EmptySam 31 Aoû - 22:35

Cecil resta seul dans la pièce après le départ d'Ithilion, le regard fixé sur quelque chose qu'il ne voyait pas. Il était concentré sur le rien, sur le grand vide qui s'était fait dans son cœur depuis qu'il avait fait ses confessions. Devait-il avoir honte ? Devait-il se sentir soulagé ? Il lui semblait déjà ressentir un peu de ces deux choses-là, mais il n'en était pas certain. Son corps et son esprit coulaient dans une lourde langueur qui figeait chaque parcelle de lui-même. Il était comme emprisonné de son propre joug, c'était la même désagréable paralysie de ceux qui essayent de se tirer d'un sommeil trop profond.
Il fût réveillé par un tas de cendre qui avait chuté sur le dos de sa main. Il saisit ce sursaut pour bondir sur ses deux jambes, écraser son mégot à même la table et sortir à son tour. Ses pas rapides dévalèrent les couloirs du QG jusqu'à sa chambre. Il empoigna sa chemise qui traînait dans un coin, son habit et ses bottes, enfila le tout et fit face à son reflet. Son grand et mince reflet, dont la lividité était soulignée par la noirceur de ses vêtements. Il s'attarda sur son visage et le trouva lugubre. Avait-il tant vieilli ? Huit ans lui avaient-ils porté des coups si cruels qu'il avait perdu toute la superbe de l'héritier qu'il était autrefois ? On lui aurait volontiers donné plus de trente ans. De quelques doigts il tenta de lisser la peau affaissée de sa figure. Cela lui donna un air de poisson à demi-enformi, ce qui le fit sourire. Il éclata d'un rire incontrôlable, éraillé à cause de sa voix cassée,  qui ne s'arrêta pas avant qu'il ne soit au bord de l'étouffement.

Quand il fut calmé, Cecil inspira profondément et croisa son regard dans le miroir.
- Quelle ironie, dit-il comme s'il s'adressait à une autre personne, putain de bordel de merde, mais quelle ironie !
Son sourire s'évanouit. Au fond, il n'y avait vraiment pas de quoi rire. Etait-il en train de devenir fou ? Le plan d'Ithilion pour anéantir la capacité de nuisance de Rainer ne connaissait aucune alternative s'ils souhaitaient rester discrets. Il se trouvait sur le chemin de ce qu'il avait nié à s'en rouler par terre huit ans auparavant. C'était son innocence bafouée qui se lisait sur son visage. A présent qu'il allait accomplir ce crime, qu'allait-il lire sur sa figure, dans son regard ? Cette fois-ci, serait-il mort pour de bon ?
Cecil s'appuya sur sa commode et se laissa tomber dans le fauteuil qui se trouvait juste à côté. Je ne veux pas faire cela, se dit-il, je ne veux vraiment, vraiment pas faire cela...

Il retrouva Ithilion dans le hall du QG, vêtu de sa chemise, son habit et ses bottes. Il était droit, grave, et marchait comme un condamné à mort allant à l’échafaud. Il adressa un bref sourire à Alaryk qui se trouvait-là. Il ne l'avait pas remarqué avant d'avoir rejoint le petit teigneux aux cheveux blancs.
- Eh bien, dit Cecil d'une voix étranglée, direction la Chambre de la pègre !
Puis il se dirigea vers l'entrée du QG pour en sortir.

Dans la bibliothèque, deux jeunes recrues suaient à grosses gouttes à force de lire les textes parmi les plus compliqués qu'il leur fut donné de connaître. Cela faisait au moins cinq heures qu'ils planchaient en silence, avec pour seul bruit de fond celui des pages qu'ils tournaient. De temps à autres, l'un d'eux se raclait la gorge ou inspirait pour se donner du courage. Les sourcils froncés, l'échine courbée en avant, les épaules voûtées, les jambes croisées ou recroquevillées, ils étaient crispés d'une intense concentration.
Le premier à se relâcher fut Simon. Il se projeta en arrière sur le dossier de sa chaise en poussant un soupir si puissant que Sally sursauta. Elle replongea aussitôt dans sa lecture tandis que son ami abdiquait, les bras ballants de part et d'autres de son siège, le nez tourné vers le plafond et la bouche ouverte comme s'il était assoiffé. Il ne prit même pas la peine de chuchoter :
- Très loin de moi une baisse de motivation, mais je me demande comment nous pourrions trouver ces fameuses « failles » que tu cherches si nous ne savons même pas par quelle règle commencer ! J'ai le sentiment que nous allons dans tous les sens et que cela ne donne rien.
Le regard transperçant de Nancy le fit se taire. Simon reprit une position plus digne comme l'aurait fait un petit garçon que l'on aurait réprimandé. Sally n'avait pourtant formulé aucun reproche de ce genre, et au contraire, lui concéda qu'il n'avait pas tort. Elle avait lu tant de lignes qu'elle doutait d'en avoir véritablement compris la moitié. La page de parchemin qu'elle avait mise de côté pour prendre des notes était pleine de mots qui lui faisait l'effet d'avoir autant de sens que des gribouillages. Elle en fit rageusement une petite boule et prit sa tête entre ses mains, elle aussi désespérée.
- Reprenons depuis le début, souffla-t-elle résolument après un moment. Que cherchons-nous ?
- Si une règle a été enfreinte, la paraphrasa Simon. Et ce par un Érudit-scientifique, si j'ai bien compris ce que tu m'as expliqué.
- Très bien. Et si on oublie tous ces écrits devant nous, pouvons-nous imaginer quel genre d'infraction serait compromettante pour un Érudit ? Spécifiquement ?
Simon haussa les sourcils et écarquilla les yeux. Il rajusta ses lunettes d'un air dépité.
- Je n'en ai aucune idée ! La seule chose que je sache sur les Érudits, c'est qu'il leur faut un agrément gouvernemental et contresigné par le Conseil des Princes pour exercer. Dans le cas des Érudits-scientifiques, ce document autorise l'ouverture d'un laboratoire.
- Un agrément ? C'est comme une autorisation ?
- Précisément.

Sally fit une moue dépitée et laissa tomber sa tête sur sa table de travail. Ils n'étaient pas beaucoup plus avancés. La fatigue commençait à se faire sentir et pas l'ombre d'une solution ne lui apparaissait. Après les confessions de Cecil, elle était pourtant déterminée à trouver un échappatoire, une ultime sortie, quelque chose ! Ne servait-elle donc à rien ? Je suis un boulet que se traînent les autres, se dit-elle dans un élan de complaisance. Le fait qu'elle ait cru, pendant un instant, avoir la possibilité de sauver son ami n'était qu'une illusion imaginée par l'idiote de cruche qu'elle était. C'était Cecil qui l'avait toujours protégée, jamais l'inverse. Qu'avait-elle accompli depuis qu'elle était sortie des laboratoires de Sullivan ? Même son entrée au QG des Chasseurs ailés n'était pas de son fait, et même si elle ne l'avait pas souhaité, elle avait causé énormément de problèmes à Ithilion. Alaryk et Ethan n'avaient pas été épargnés non plus, ni ce pauvre Markus Klegan dont la conscience avait dû être manipulée pour leur éviter de très graves poursuites à tous. Cacher une Paria dans des rangs Üniks, c'était comme vouloir guérir la peste en couvrant ses bubons d'un voile pudique : un délire fou.

Cependant Sally n'était pas un bubon si purulent, puisqu'elle avait les mêmes aptitudes de tir que les autres jeunes recrues. Elle faisait même partie des meilleurs, grâce aux heures de cours particuliers dispensés par Ithilion. T'es douée, mais encore heureux ma p'tite ! Après tout le bordel que ça a été pour obtenir ton autorisation auprès bureau de l'Armurerie, ça m'aurait fait mal que tu sois nulle! lui avait-il dit, après qu'elle se soit réjoui d'avoir atteint toutes les cibles. Qu'avait fait le bureau de l'Armurerie, d'ailleurs ? Ils avaient contrôlé son identité, son casier judiciaire, ils lui avaient fait subir un examen psychologique, et elle avait même dû répondre à un questionnaire destiné à s'assurer qu'elle connaissait les situations dans lesquelles elle aurait le droit d'user d'une arme... Elle s'était pliée à tout, car elle comprenait que la possession d'un objet si dangereux suppose qu'on l'on vérifie a priori un certain nombre d'éléments.

- Mais c'est ça !

Elle s'était écriée si fort que ce fut au tour de Simon de sursauter. Il dévisagea Nancy, complètement affolé. Elle ne lui laissa pas le temps de protester contre son éclat de voix :
- Cherchons des informations sur cet agrément !
- P-pour ouvrir un laboratoire ? balbutia-t-il avec incrédulité.
- Oui.

Sur ces mots, elle prit à pleines mains le tome I de la « Déontologie Erudite ».
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MessageSujet: Re: Je vous ai manqué ? [PV Ithilion]   Je vous ai manqué ? [PV Ithilion] EmptySam 28 Sep - 13:40

Dans l'immense hangar caché dans les sous-sol du Quartier Général des Chasseurs Ailés, Ithilion se tenait à proximité de sa G-bike. La monture d'acier ronronnait d'impatience, prête à s'élancer au travers d'Anathorey lorsque son maître tournera la poignée. Le chevalier enfilait calmement ses gants de cuir tout en préparant mentalement le scénario de la mission informelle de cette nuit. Sa priorité était de s'assurer que l'ünik n'avait raconté à personne sa rencontre avec Cecil et qu'il en ferait de même à l'avenir. Dans le cas contraire, il sera impératif de connaitre les personnes à qui ces malheureuses retrouvailles auraient été révélées afin de pouvoir anticiper la suite des évènements. Dans tous les cas, Ithilion ne repartira pas sans ces garanties, l'enjeu était trop grand. Cet homme avait mis le doigt dans un engrenage, peut être malgré lui, mais il allait en subir les conséquences. Aussi peu enviables soient-elles.
Cecil attira l'attention sur lui d'un éclaircissement de gorge forcé pour dépasser le bruit du moteur qui résonnait entre les murs de béton. En voyant navigué son regard entre la moto et lui, Ithilion tendit à l'ünik un serre-tête métallique identique à celui que lui même portait autour de son front.

-Ne commence pas à faire des manières, l'heure n'est plus à ça. ordonna Ithilion en tendant l'objet avec insistance.
Sur le terrain, la métamorphose du Chasseur Ailé était surprenante. Sa personnalité railleuse et explosive  laissait place à un sang-froid glaciale d'une maturité que l'on ne soupçonnait pas lorsqu'on le côtoyait par ailleurs. Dans ces moments là, Ithilion dégageait une aura d'assurance et d'autorité qui mettaient paradoxalement mal à l'aise. Comme si l'on prenait tout à coup conscience de sa véritable nature dans l'ombre au service de la Mort.
Le faux-majordome enfila le serre-tête qui s'adapta à la forme de son crâne. Imitant Ithilion, il appuya sur un petit bouton au niveau de sa tempe. Son visage fût quasi-instantanément recouvert d'un casque.
Le soldat s'approcha du guidon de la G-bike et fit apparaitre une carte holographique représentant la cité d'Anothorey. Sa voix résonna alors à l'intérieur du casque de Cecil :
-Montre moi où l'on doit se rendre.
En silence, le noble déchu lui pointa un grand bâtiment situé dans le quartier centre de la cité d'Anathorey. Ithilion posa son doigt sur le plan virtuel à la localisation indiquée. Un tracé bleu se dessina sur la carte et la voix féminine de l'IA de bord commenta :

"Point de référencement détecté : Quartier Général des Chasseurs Ailés. Itinéraire validée vers Chambre de la Pègre"
-Bien allons y. décréta Ithilion en enfourchant la moto.
Peu rassuré, Cecil monta derrière lui. La situation n'était pas confortable et il sentit le corps du faux-majordome gesticuler sur la selle à la recherche d'un appui confortable. Lors qu'il sentit un effleurement au niveau de ses côtes, le chevalier se raidit et indiqua prestement :
-Il y a des arceaux de maintiens à l’arrière.
Une fois prêt et son passager stabilisé, Ithilion délivra la puissance enfouie au creux de la machine d'acier et celle-ci s'élança avec un cri rutilant mêlé aux crissements des pneus sur le sol.
Dehors le ciel avait revêtu sa robe de feu et les premières étoiles fleurissaient. Pour autant à cette heure, les quartiers n'avaient pas désempli de ses flux surchargés. La foule se massait encore aux niveaux des échoppes, des bars ou autres lieux sociaux.
Ithilion manœuvrait son bolide à une vitesse soutenue au travers des avenues bondées et ne devait qu'à son dzêta de ne pas percuter les impudents qui traversaient sur son chemin. Grâce à cela, il ne leur fallut qu'une vingtaine de minutes pour arriver au pied de la Chambre de la pègre. Un imposant bâtiment à l'architecture à l'image de la caste qu'il représentait se dressa devant eux. Un flamboyant mélange de pierre blanche et de vitraux à faire pâlir les constructions alentours qui pourtant dans ces quartiers témoignaient déjà d'une profonde richesse dans la réalisation.
Sans arrêter le moteur, Ithilion se tourna alors vers Cecil :
-Je te laisse t'en occuper, fais vite. Je t'attends ici.

Effectivement, chaque seconde comptait dans cette course effrénée. Les informations se rependaient à la vitesse d'une vague à Anathorey, surtout dans ce milieu clos que représentait la noblesse. Envoyer l'ünik déchu de son rang représentait actuellement un risque. Toutefois, connaissant le milieu, il sera le plus à même de demander à la Chambre ce dont il avait besoin. Et cet arrêt permettra également de tâter le terrain. Si Cecil revenait sans encombre, alors cela signifierait que la situation n"était pas encore désespérée.
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MessageSujet: Re: Je vous ai manqué ? [PV Ithilion]   Je vous ai manqué ? [PV Ithilion] EmptyDim 6 Oct - 16:58

Devant les très hautes colonnes blanches de la Chambre de la Pègre, Cecil se sentit minuscule. Les reflets orangés du Soleil couchant avaient quelque chose d'angoissant qui ne lui donnait pas envie d'avancer. Cette façade austère, qui le toisait de toute sa hauteur et semblait toucher le ciel lui rappela qu'il n'appartenait plus à la noblesse. Autrefois il n'aurait même pas pris le temps de détailler l'architecture d'un immeuble dans lequel il allait pénétrer, puisqu'une foule de valets lui ouvraient les portes, lui faisaient la révérence et déroulaient le tapis rouge sous ses pieds. A présent il se demandait de quel imbécile il aurait l'air une fois dans le hall.

L'injonction d'Ithilion lui fitcependant comprendre que des pas en arrière n'étaient pas envisageables. Ses doigts tapotaient le guidon de sa moto avec la même impatience que ceux qui veulent que leurs affaires se terminent rapidement. Cecil le considéra un instant. Il songea avec amertume à l'air dégoûté qu'Ithilion avait pris lorsqu'au moment d'enfourcher l'engin, ses doigts l'avaient effleuré. Cette réaction était aussi décevante que prévisible. Comme tous les hommes qui étaient au courant de sa condition, Ithilion le considérerait dorénavant comme un drôle de phénomène à ne pas approcher de trop près, de peur de le provoquer, par crainte de le tenter, par horreur d'être contaminé. Aux yeux du chevalier au cheveux blancs, il n'était plus que ça : une pédale à éviter, et rien de ce qu'il pouvait dire ou faire n'y changerait quoi que ce soit. C'était si rageant qu'il sentait ses entrailles s'échauffer de colère. Mais à quoi bon débattre ?
- Ça sera vite réglé, répondit finalement Cecil.
Il s'engouffra dans le bâtiment la gorge nouée, la nuque raide et les jambes faibles, tâchant de ne pas paraître totalement gauche.
Dans la salle des pas perdus allaient et venaient des adjoints administratifs, tous vêtus d'impeccables uniformes, les bras chargés de documents et de livres, parfois suivis par des domestiques missionnés par leurs maîtres. Des greffiers en robe accueillaient en personne les nobles qui s'étaient donné la peine de venir et les menaient dans des salles d'audience. De temps en temps passait un magistrat qui énumérait un torrent d'information qu'un jeune assistant notait frénétiquement en trottant à côté de lui. Quelques avocats serraient la main de leurs clients avec fierté, serrant sous leur bras leur serviette gonflée de tous les contrats qui venaient d'être signés. En un coup d’œil, Cecil reconnu ces scènes de la vie patrimoniale des gens titrés d'Anathorey. Il se souvint du jour où son père et sa mère l'avaient mené exactement où il se trouvait, lorsqu'il fut en âgé d'être inscrit sur le registre de la noblesse. Tous les deux lui paraissaient alors très grands, beaux et élégants, et lui était si fier de bientôt être connu de tous. Dire qu'à présent il n'avait aucune idée de l'allure qui pouvait bien être la leur...
- Monsieur a-t-il besoin d'aide ?
Cecil tressaillit d'entendre soudain la voix pincée de la petite femme replète qui se trouvait face à lui, un crayon dans la bouche et dans les cheveux, une chemise pleine de papiers dans les mains, et  l'air pressé de ceux qui ont sans cesse du travail. Il voulut retirer un chapeau qu'il ne portait pas avant de lui répondre.
- Mon maître m'envoie consulter le Registre.
- Qui est votre maître ?
- Monsieur le Duc Rosenwald, répondit Cecil sans y réfléchir. Le nom de son père sortit si abruptement de sa bouche lui coupa le souffle pendant une seconde.
L'employée pleine de crayons ne chercha pas à en savoir davantage. Si on n'interroge pas les Ducs sur le motif de leurs démarches, on ne questionne pas davantage leurs domestiques, qui n'en sont que le prolongement – à tel point qu'il n'importe pas de demander leur nom. D'un geste sec elle lui fit signe de la suivre dans la bibliothèque de la Chambre. La pièce immense qu'il avait dans ses souvenirs n'avait pas changée : c'était un endroit très vaste, aussi haut que profond, si bien que la nuit venant on distinguait mal sa voûte ouvragée et ses longs couloirs boisés. Ils filèrent sur la gauche après avoir dévalé un petit escalier en colimaçon surplombé par plusieurs mezzanines où s'entassaient ouvrages et formulaires en tout genre. Ils s'immobilisèrent devant une forêt de rayons, au bout desquels se trouvait une lettre de l'alphabet énorme, dorée et brillante. C'était le fameux « Registre ».
- L'ami de vot'maître s'appelle ?
- Le Comte Rainer Van Clieff.
- De quoi Monsieur a-t-il besoin ? (Cecil ne sut pas si le Monsieur le désignait lui ou le Duc Rosenwald l'ayant prétendument envoyé ici).
- Des bans du mariage de Monsieur le Comte. Une malheureuse étourderie nous a fait perdre le faire-part...
- Par ici, lança la petite employée.
Quelques secondes à peine lui suffirent pour se rendre dans le rayon arborant la lettre « V », parcourir de son petit doigt boudiné les nombreux tomes concernant le père pour finalement arrivé sur le fils, et se saisir de l'épais livre qui comportait les informations dont avait besoin Cecil. Elle l'ouvrit à la page idoine et flanqua le tome dans les mains du faux majordome, légèrement fébrile. Puis elle farfouilla dans sa chemise pour en sortir un formulaire et lui tendit un des crayons qu'elle avait sur sa tête.
- Le prêt dure 15 minutes. N'oubliez pas de remplir la fiche de consultation et de la remettre au greffe une fois que vous aurez terminé.
La petite bonne femme s'en alla sans demander son reste. Dès qu'elle fut de dos, Cecil parcourut le tome qu'il tenait à bout de bras. Rainer Van Clieff, né le XVIème jour du VIIè Ventôse, an MCI. Marié à la comtesse Fiorella née De Laroche-Viseul depuis 7 ans. Père de Caroline Van Clieff, âgée de 5 ans, et de Georges Van Clieff, né l'année passée. Demeurant à l'hôtel particulier Méricourt, avenue du Premier Prince.
Cecil demeura sans voix quelques instants. A la lecture de chacun de ces mots s'étaient dessinées dans sa tête les images de la merveilleuse vie de son ancien ami. Dans combien de tranquillité et  de bonheur avait-il baigné immédiatement après l'enfermement de Cecil chez cette sadique. Le faux majordome réalisa soudain que ses doigts étaient si crispés sur l'ouvrage qu'il avait presque froissé le papier.
Il s'empara du formulaire donné par l'employé et inscrivit rapidement au verso l'adresse de Rainer. Puis il plia le papier en quatre et le fourra bien au fond de ses poches. Il replaça l'ouvrage à sa place, remonta les escaliers, ne croisa pas la bonne femme et sortit du bâtiment sans que personne n'y prête la moindre attention. En tant que domestique il n'était qu'une ombre qui passait.

Cecil marcha rapidement vers Ithilion et lui montra le papier qu'il tenait entre deux doigts. Une fois que le Chasseur eut enregistré l'adresse des jeunes Van Clieff dans sa G-Bike, Cecil reprit le papier, sortit son briquet de sa poche et brûla le tout. Lorsqu'il redémarrèrent, il ne resta derrière eux qu'un petit amas de cendres que le vent eut vite fait de disperser dans le néant.

Cecil se mura de nouveau dans son mutisme et ne se retourna pas pour voir la Chambre s'éloigner. Tout s'était passé comme s'il n'avait jamais mis les pieds dans cette foutue bâtisse.
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Ithilion


Chevalier Ailé (Ithilion)
Ithilion

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MessageSujet: Re: Je vous ai manqué ? [PV Ithilion]   Je vous ai manqué ? [PV Ithilion] EmptySam 19 Oct - 12:00

Dehors, les secondes semblaient s'écouler à une vitesse bien inférieure à ce qu'autorisait les lois de la physiques. Pourtant un véritable fourmillement parcourait le boulevard, accentuant le contraste. De la bouche de l'immense monstre de béton dans laquelle s'était engouffré Cecil entrait et s'échappait des hommes d'affaire ou des nobles. Leurs pas vifs arpentaient les marches sous les yeux des invisibles en quête de sous.
Le regard perçant d'Ithilion fixait l'antre, attentif au moindre mouvement déviant du cycle établi autour de lui. Il s'agissait du point le plus critique de la mission car le chevalier ne pourrait pas intervenir si facilement en cas de problèmes. Malgré la lumière mourante du jour, au pied d'un des cœurs de la Noblesse, les autorités remonteraient sans problème à lui et par extension à l'Ordre des Chasseurs Ailés si il tentait de s'interposer à l'arrestation de Cecil. Les doigts gantés du pilote martelait ponctuellement le guidon, trahissant un bref instant le masque de nonchalance qu'il revêtait pour ne pas attirer l'attention.
Enfin il reconnut l’élégant costume de majordome traverser gigantesques battants d'acier parmi un petit groupe. Cecil s'approcha de la moto en lui montrant l'objet de leur venu. Le soulagement d'Ithilion se traduisit par un hochement de tête. L'étape la plus sensible venait de s'accomplir sans difficulté. Il ne restait plus qu'a dérouler des années d'expérience pour cerner et peut être enterrer l'épée de Damocles qui pesait au dessus de Cecil et Sally. Aussitôt l'adresse entrée, la monture d'acier pourfendit la foule de nouveau sous un ciel noir brouillé par les lumières de la cité.
L'avenue du Premier Prince était une artère particulièrement large d'Anathorey, longue de plusieurs kilomètres, elle remontait jusqu'au palais princier. Seuls l'élite et les bourgeois obtenaient le loisir d'y déambuler. Les contrôles étaient nombreux et si pour une bonne raison certaines classes moins aisées se voyaient autorisées de la fouler quelques instants, les mendiants ou autres miséreux étaient reconduis sans vergogne dans des rues annexes. La taille de cette avenue et ses restrictions en faisaient donc un endroit assez calme le soir, bien loin des voies surpeuplées où chaque pas devenait une épreuve.
De magnifiques constructions, pour la plupart des hôtels particuliers ou des immeubles d'appartements riches, s'alignaient parfaitement  avec à leur pied un trottoir spacieux et bien entretenu sur lequel avait été disposé une lignée d'arbres, de statues à la gloire des Puissants et des bancs pour admirer le spectacle.
La moto d'Ithilion parcourait la route pavée. Le vrombissement du moteur troublait quelques secondes sur son passage la quiétude des piétons. Si il s'agissait d'un axe principal, cette partie était peu empruntée par les véhicules. Il s'agissait avant tout d'un quartier résidentiel et la nature de la voie roulante la rendait désagréable à la conduite.
'Destination à 10 m" précisa l'intelligence artificielle dans le casque du pilote.
Ithilion passa devant sa destination sans s'arrêter. De la lumière apparaissait aux fenêtres de chaque étage, il ne fallait plus qu’espérer que le chef des lieux soit sur place. Il poursuivit une cinquantaine de mètres plus loin avant de garer sur un emplacement prévu pour ce type de véhicule. L'avenue du Premier Prince retrouva le calme du ronronnement de la vie nocturne de la Cité d'Anathorey.
Une fois descendu de la moto, Ceci resta enfermé dans un mutisme peu ordinaire. Cette mission l'affectait bien plus que le Ithilion ne l'avait imaginé. Mais d'un certain point de vue, il pouvait comprendre. Bien que la nature soit différente, la désillusion et la trahison  que lui même avait vécu et l'avait projeté violemment dans un espace de désolation. Il ne doit son salut qu'à quelques mains tendues avec suffisamment de fermeté et de compassion.
Toutefois, l'ancien noble allait devoir affronter son passé si il ne voulait pas que celui ci ne le rattrape et ne l'enferme de nouveaux dans les profondeurs de cauchemars. Ithilion lui demanda d'aller s'assoir sur le banc, il devait tout d'abord effectuer un repérage des lieux.
La soirée touchait à sa fin. Les façades de l'avenue s'éteignaient petit à petit. C'est à ce moment qu'Ithilion retrouva Cecil. Ce dernier était tellement immobile, qu'il semblait contribuer à une scène avec la statue qui trônait à côté.
-C'est l'heure. indiqua alors le chevalier. J'ai repéré notre cible. Par chance il est seul dans son bureau.
Le mot "cible" eut comme l'effet d'un électrochoc aux oreilles  de l'ünik qui le tira de sa fixation. Ithilion lui lança une cagoule qu'il sortit de son sac avant d'en enfiler une similaire.

-Ne tardons pas. Et espérons qu'on puisse éviter le bain de sang.
~~~

Le Compte Rainer Van Clieff s'affairait à remplir une pile de paperasse prête à s'écrouler de son bureau. De sa fenêtre au troisième étage  donnant sur son jardin arrière à l'avenue, il aperçut deux des trois astres lunaires déjà bien haut dans le ciel. Il soupira avant de se concentrer de nouveau sur son document. Il ne comptait plus les heures car le dossier administratif d'acquisition d'un domaine demandait beaucoup de temps, de rigueur et de justificatifs. Un mal qui lui permettra cependant d'acquérir un peu plus de crédit auprès de ses Paires. La pointe de sa plume toucha à peine le papier que la pièce bascula dans un noir profond. La lumière de l'ampoule avait été comme aspirée, la pièce s'était alors transformée prison d'obscurité sans porte, ni fenêtre. Puis tout se ralluma. Cela n'avait durée qu'une poignée de seconde. Le Comte passa ses doigts sur ses yeux avant de les laisser redescendre contre son visage. Son rythme cardiaque redescendit. Son corps lui disait peut être qu'il était grand temps de prendre du repos.
Un frisson lui parcouru l'échine et ce fût que lorsque le haut de la pile de feuille fût emporté par un petit courant d'air qu'il se rendit compte que la fenêtre était grande ouverte. Son cerveau n'eut pas le temps de chercher une explication qu'une main gantée de noir se plaqua contre sa bouche et qu'un canon glaciale se posa contre sa tempe.
Une voix calme qui lui glaça le sang s'éleva juste à l'arrière de son crâne.

-Bonjour monsieur Van Clief. Je te prierai de rester bien calme et de ne rien tenter qui risquerait de tâcher une si belle pièce. Nous avons simplement quelques questions à te poser. Si tu réponds correctement, nous repartirons comme si nous étions jamais venu. Hoche de la tête si c'est bien clair.
Le noble hocha de la tête. Sa condition était tellement ancrée en lui qu'il se sentait obligé de garder bonne figure malgré les circonstances. La sueur apparente au niveau de sa nuque et le tremblement perceptible au niveau de ses doigts indiquaient tout autre chose.
-Bien. reprit la voix. Sache que j'ai en ma possession un Dzeta qui me permettra de savoir si la vérité sort de ta bouche. N'hésite donc pas à jouer le bon élève. N'oublie pas qu'entre maintenant et plus tard, c'est maintenant qu'un flingue est contre ta tête.

Au début, la surprise de l'agression avait totalement annihilée tout discernement dans l'esprit du Comte. A présent qu'il en savait un peu plus sur les revendications qui ne visait apparemment pas à le tuer, et malgré la menace de l'arme, la tension retomba un peu. Ce fût à partir de cet instant que le Comte sentit que son ravisseur n'était pas seul.
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Sally Sullivan


Jeune fille traquée (Sally S.)
Sally Sullivan

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MessageSujet: Re: Je vous ai manqué ? [PV Ithilion]   Je vous ai manqué ? [PV Ithilion] EmptyDim 27 Oct - 18:08

Le ronron du moteur faisait valser les pensées de Cecil jusqu'à de vieux souvenirs, en leur temps heureux, mais que les années avaient transformés en regrets. D'innombrables détails lui revenaient en mémoire à mesure qu'il se laissait aller. Il songea au peigne en nacre que sa mère avait l'habitude de coiffer dans son chignon, à l'étrange habitude de son père de boire le café avec sa main gauche alors qu'il était droitier, aux petites chamoisines à carreaux que les valets utilisaient pour astiquer l'argenterie. Il se souvint les avoir espionné alors qu'ils préparaient une réception pour Lord Beltham, dont l'épouse venait d'avoir un bébé. Il se rappela un autre jour, où pour échapper à sa gouvernante, il avait passé deux heures enfermé dans l'armoire d'une chambre d'amis dont on avait oublié de verrouiller l'accès. La couleur des chaussures qu'il avaient portées lors de sa soirée d'entrée dans le Monde lui apparut nettement alors qu'ils amorçaient un virage. Sa mère avait eu dans le regard un éclat de fierté qui l'avait gonflé d'orgueil. Quant à son père, il lui avait ébouriffé le crâne d'un geste plein de tendresse. Il avait eu le même quelques années plus tard, après que Cecil avait rétabli l'honneur d'une jeune fille humiliée à un bal des débutantes. Elle s'appelait Georgina Halle, et était certainement l'une des créatures les plus laides que l’Élite d'Anathorey ait eu à connaître. Au bord des larmes à causes de moqueries qui portaient sur les rubans qu'elle avait dans les cheveux, Cecil était allé lui demander une danse afin de faire taire ses détracteurs. Elle l'avait gratifiée d'un sourire empreint d'une reconnaissance touchante. Rainer était présent ce soir-là et avait félicité Cecil pour son attitude de gentleman. Ils s'étaient souris puis s'étaient éclipsés derrière un lointain rideau pour échanger un baiser et quelques caresses.

Cecil s'étonnait de penser soudain à de telles insignifiances. Il se surprenait à se demander si c'était bien des événements qu'il avait vécus. Tout se passait comme s'il s'agissait d'un film, d'un beau et long film dont il était l'entier spectateur. Le garçon qui portait son nom lui faisait l'effet d'un étranger ou d'un héros avec lequel il n'avait rien de commun. Cette ancienne vie aurait tout aussi bien pu être celle d'un autre. Allant à grande vitesse à la rencontre du Comte Van Clieff, c'était sans doute la meilleure façon qu'avait Cecil de se déculpabiliser de ce qu'il s'apprêtait à faire. Il n'y avait plus de belle maison, plus de domestiques loyaux, plus de parents aimants, plus de soirées extraordinaires, ni plus d'amour. Il n'y avait que le danger, les yeux noirs de la Sullivan qui le guettaient dans l'ombre, et les ongles acérés d'Aaron qui tremblaient de plaisir à l'idée de lui infliger des tortures. Il n'y avait plus que sa vie à défendre, coûte que coûte. Mieux valait une conscience sale qu'une privation de liberté. Sans doute.

L'estomac de Cecil se contracta lorsqu'Ithilion gara son engin dans un recoin ombragé – s'il en était – de l'allée du Premier Prince. Le Chevalier aux cheveux blancs ordonna au faux majordome de l'attendre tandis qu'il allait procéder à un repérage des lieux. Serti de sombre près d'une statue qui semblait sourire et pleurer à la fois, Cecil leva les yeux vers l'imposante demeure qu'avait investie Rainer depuis son mariage. L'hôtel particulier Méricourt ressemblait à n'importe quelle demeure noble du centre-ville, à ceci près que de très hauts arbres au feuillage épais venait lécher les fenêtres orientées vers le sud et vers l'ouest, afin d'assurer une certaine intimité aux riches occupants. Rainer serait-il présent ? Qu'adviendrait-il s'il était déjà trop tard ?
Ithilion revint malgré lui couper court à ces méditations angoissantes. La cible avait été repérée, il leur fallait désormais entrer le plus rapidement possible et lui soutirer les informations qu'ils s'étaient dépêchés de venir quérir. La mâchoire crispée par l'appréhension, Cecil enfila la cagoule qu'Ithilion lui avait tendue, semblable à celle qu'il venait de coiffer.

- Ne tardons pas, fit le Chevalier avec détermination. Et espérons qu'on puisse éviter le bain de sang.

Leur infiltration se fit sans encombre, et presque facilement. Leur seul souci fut d'être discrets. Du reste, personne n'imaginait que des nobles puissent subir une agression au cœur de la capitale, et certainement pas dans l'allée du Premier Prince. A croire qu'ici, même les rivalités assassines de l'aristocratie ne méritaient pas d'être craintes. Un peu d'agilité, une fenêtre et la maîtrise d'un Dzêta chevaleresque leur suffirent donc à pénétrer le bureau dans lequel le Comte Van Clieff grattait du papier avec beaucoup de zèle. Ithilion plongea la pièce dans le noir quelques secondes, le temps pour Cecil d'aller se dissimuler dans un coin obscur, et pour le Chevalier de pointer un de ses revolvers à l'arrière du crâne de Rainer. Il s'assura de son silence en plaquant une main ferme, gantée de noir, sur la bouche de leur otage. Lorsque la pièce se ralluma, elle ne fut éclairée que par une petite lampe à pétrole que le vent passant par la vitre ouverte ne sut ébranler. Le faux majordome resta blotti dans le noir jusqu'à ce qu'Ithilion ait terminé d'exposer la situation, d'une voix qui aurait glacé le sang de n'importe qui. Le Comte Van Clieff, bien qu'intensément apeuré, parvint à rester aussi calme que possible. Il lançait autour de lui des regards d'incompréhension. Quelle vérité pouvait-il détenir qui n'intéresse son agresseur ?

C'est le moment que choisit Cecil pour sortir de sa cachette. Il marcha à pas de loups jusqu'au milieu de la pièce et s'y redressa, comme une araignée déploie ses pattes après avoir été remarquée par sa proie. Il campa sur ses deux jambes et dévisagea Rainer d'un air sinistre. Celui-ci commença à s'agiter, puis émit un petit cri que la main d'Ithilion et l'appui du canon de son arme eurent tôt fait d'étouffer.
- On dirait que le Comte Van Clieff sait reconnaître ses vieux amis quand ils sont devant lui, plaisanta Cecil sans esquisser le moindre sourire. Des éclairs semblaient prêts à jaillir de ses yeux. Tu ferais mieux de te calmer. Celui qui se trouve derrière toi en ce moment même t'a prévenu de ce qui se passerait s'il te venait l'idée de le contrarier, et crois-moi, dans sa bouche les menaces ont autant de valeur que les promesses.
Cecil saisit une des chaises qui trônait devant le bureau de Rainer et la tira à lui pour s'asseoir.
- Que de chemin parcouru, Monsieur le Comte. La réussite semble t'avoir souri, ce qui même pour un héritier n'est pas une mince affaire. A propos, cela ne t'ennuie pas que je te tutoie n'est-ce pas ? Après tout nous nous connaissons depuis un certain temps, toi et moi.
Rainer jetait sur le faux majordome un regard d'incrédulité absolue.
- Eh bien quoi ? Tu aurais préféré que nous soyons seuls pour nos retrouvailles ? Il est vrai que la dernière fois aussi, il y avait quelqu'un d'autre. (Cecil sortit son revolver de la poche intérieure de sa veste et joua avec entre ses doigts). Fiorella je crois ? Avec qui tu as eu deux enfants. (Il désigna deux cadres photos posés sur la cheminée à leur droite). Caroline et Georges.

Dès qu'il avait été question de sa famille, des larmes avaient commencé à poindre dans les yeux de Rainer. Il respirait si fort qu'on eut dit un bicorne à bout de souffle. Après quelques instants de silence, lors duquel Rainer s'enfonça dans la plus profonde des angoisses, Cecil soupira et leva les yeux au ciel.
- Je me demande quelle image tu as de moi pour te mettre dans des états pareils. Puisque tu ne peux pas me répondre, je vais le faire à ta place : tu as peur que j'aille leur faire des petits trous dans le corps – ou dans la tête – avec mon arme. (Rainer tressaillit). Ah, décidément tu me connais bien mal. C'est pour ça que ''cela n'aurait jamais pu marcher entre nous''.
Un rictus amer s'était dessiné sur le visage de Cecil, qui rangea son arme au grand soulagement de sa victime. Il croisa les jambes, posa ses bras sur les accoudoirs de son siège et repris l'expression froide et menaçante qu'il avait arborée au début de leur échange.
- Qu'est-ce qu'on se marre, pas vrai Rainer ? Dis-moi, quel effet ça fait de vivre une vie aussi belle que toute tracée, sachant que pour y parvenir tu as fichu la mienne en l'air ? Est-ce que ce triomphe te satisfait ?
Cecil se pencha en avant, pour approcher son visage des yeux de Rainer. Sous la lumière pâle des deux Lunes, le faux majordome avait la figure semblable à celle d'un spectre.
- La vérité, c'est que tu n'en as rien à foutre. Tu as un petit bonheur bien à toi, mais sur qui l'on a marché pour y parvenir, oh ça, peu importe. C'est ça le truc. Tu t'en fiches comme de ta première gouvernante, résultat tu as l'esprit libre.
L'horloge comtoise dans un coin de la pièce les berçait d'un doux tic-tac. Cecil s'interrompit pour l'écouter quelques secondes.
- Sacré veinard, tu as l'esprit libre. Moi ça fait huit ans que je ne l'ai plus. Un simple mensonge de ta part a suffi pour qu'aujourd'hui, aux yeux de sa propre famille, tout se passe comme si Cecil de Rosenwald avait passé l'arme à gauche.
Rainer, qui tentait parfois de se défaire de l'étreinte menaçante d'Ithilion, s'immobilisa. S'il avait pu parler, il aurait dit ô combien il déplorait que les choses aient tourné si mal pour son ancien ami, à qui il n'avait jamais voulu de mal.
- Qu'importe tes regrets, fit Cecil avec sagacité. Tu n'as même pas essayé de rattraper l'affaire par la suite, alors que tu aurais pu. Mais cela aurait signifié te mettre en piètre posture, donc tu n'as jamais rien fait. Un sourire moqueur se glissa sur ses lèvres. Au fond, t'es vraiment une lopette.

Cecil se leva, fit un pas vers le bureau de son ennemi et s'appuya sur le plateau de bois laqué, que ses doigts pianotèrent patiemment.
- Qu'importe encore, parce que ce soir je vais te donner raison.
Lorsque l’œil du faux majordome se mit à luire d'une couleur rouge vive, le comte Van Clieff émit de nouveau un cri guttural, rendu muet par la poigne impitoyable du Chevalier aux cheveux blancs. Il tenta de se débattre, secoua ses épaules, donna des coups de pied, tenta de s'arracher au bras qui l'étranglait presque, mais rien n'y fit, il était totalement pris au piège. Un serpent n'eut pas mieux fait. La seule option qui lui restait était de fermer les yeux. Ce qu'il fit, avant de les rouvrir en proie à la panique, après avoir entendu le cliquetis caractéristique d'une arme qui s'apprête à tirer. Il fut aussitôt prisonnier de la pupille rouge de Cecil.

- Dis-moi à qui tu as parlé de notre rencontre lors du bal de Sybil Everlue, ordonna-t-il d'une voix profonde et claire. Je veux savoir ce que tu as dit dans les moindres détails.

Le corps de Rainer eut un soubresaut nerveux, puis se détendit complètement jusqu'à lui donner une attitude d'abandon total. Ithilion put sans crainte libérer le comte pour le laisser répondre d'une voix qui avait oublié le mensonge.
- J'ai contacté mon cousin, Aaron Van Clieff, qui travaille aux laboratoires de Doreene Sullivan. Je lui ai dit que j'avais croisé un homme qui ressemblait trait pour trait à Cecil de Rosenwald, que je croyais à jamais enfermé pour mœurs insanes.
- Que t'a-t-il répondu ? demanda Cecil, après avoir avalé sa salive douloureusement.
- Aaron m'a assuré qu'il allait s'occuper de tout.
L'emprise du Dzêta de vérité s'évapora. Comme prévu, la tête de Rainer vint heurter le plateau de son bureau alors qu'il tombait dans un profond sommeil. Il ne garderait aucun souvenir des événements à son réveil. Sentant que son œil le brûlait, Cecil le ferma et tâcha de le laisser au repos.

Il leva un regard borgne vers Ithilion, et ne dit rien. Ils n'avaient plus rien à faire ici.
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