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Nos retours en société [PV. Bliss Abberline]

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Prince de rien (Lukas R.)

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MessageSujet: Nos retours en société [PV. Bliss Abberline]   Sam 26 Nov - 19:36


Il y avait si longtemps que Lukas ne s'était rendu dans les salons mondains qu'il en avait oublié la lourdeur des préparatifs. A peine cinq heures avaient sonnés qu'il avait été pris d'assaut pas Murray et quelques valets pour l'apprêter à la soirée chez les Levingstone. Trois mois s'étaient écoulés depuis qu'il avait reçu la lettre de la jeune Lady, ce soir était le grand soir. Le fait qu'il y aurait chez eux une grande partie de la pègre d'Anathorey ne faisait aucun doute. Une autre certitude était le fait que Lukas n'aurait certainement pas eu le courage de faire son retour en société ce soir-là s'il n'avait été accompagné de Lady Abberline. Sa chère Bliss, que chaque jour embellissait plus encore et qui lui faisait tourner la tête plus rapidement qu'une eau de vie. Il savait qu'à ses côtés, il n'aurait pas à craindre la suite des événements, lorsqu'il pénétrerait dans la maison de leurs hôtes, et que l'huissier crierait leurs noms. Il savait qu'il aurait le courage d'affronter ce monde qu'il n'aimait guère, grâce à la présence et au sourire de son aimée.
James, le valet de chambre de Lukas, entra dans la garde-robe où son maître l'attendait. Il avait les bras chargés de plusieurs paquets un peu poussiéreux, qui renvoyèrent immédiatement à Lukas l'image de ces longues années qu'il avaient passées enfermé, loin du centre-ville de la cité blanche.
« J'ai retrouvé quelques tenues au grenier Monsieur ».
Le Duc le remercia et soupira un peu devant ces vieux vêtements. Son travail l'avait tant absorbé qu'il en avait oublié de penser à comme il s'habillerait pour l'événement – il lui semblait que les problèmes des nobles étaient parfois bien superficiels. Le valet en étala plusieurs sur le lit, tandis qu'il les inspectait et tâchait de choisir celle qui serait le plus dans le goût du jour. Toutes étaient de couleur sombre, à l'exception d'un complet gris souris qui datait au moins de l'époque d'avant ses dix-huit ans. Mais bien que les années aient passé, les tissus avaient tous gardé une qualité impeccable. Son choix se porta rapidement sur un habit composé d'un pantalon noir, d'un gilet d'homme discrètement orné aux boutons et d'une redingote sombre au col droit. Quand il eut enfilé le tout par dessus une chemise blanche d'un éclat très propre, il mit une cravate et agrémenta son gousset d'une montre en argent.
« J'ignorais l'existence de ces vêtements jusqu'à aujourd'hui, Monsieur.
- C'est normal, James. Ceux-là appartenaient à mon père ».
Lukas, qui pensait qu'il n'avait rien en commun avec cet homme, fut surpris de constater que le tout tombait parfaitement sur sa silhouette élancée. Il chaussa des souliers noirs vernis et s'approcha d'un miroir. Il n'avait pas l'air si négligé que cela après tout, malgré les éternels épis qui ornaient sa chevelure sombre. Cependant il connaissait le goût prononcé de Bliss à leur égard, si bien qu'il était évident qu'il n'y toucherait pas.

Lorsqu'il sortit de sa chambre pour descendre, il croisa Murray, qui tenait dans ses mains une canne noire et droite à la poignée cylindrique faite d'un métal précieux. Un objet que Lukas avait en horreur mais qui malheureusement était devenu sa troisième jambe depuis l'incident qui avait frappé sa maison il y avait sept ans de cela, lorsque supporter son propre poids devenait trop difficile pour son dos blessé.
« J'oubliais presque que je suis un éclopé... » fit-il remarquer, un peu acerbe.
Lukas n'avait pu le cacher très longtemps à sa jeune compagne, malgré les efforts qu'il avait fait pour éviter qu'elle ne le voit diminué. Quelques années les séparaient déjà en âge, et cette canne aux yeux de Lukas venait appuyer que la demoiselle était tombée amoureuse d'une espèce de vieillard. Bien qu'il parvienne à se tenir droit lorsqu'il s'appuyait sur cet objet de malheur, il lui arrivait de claudiquer un peu. A vrai dire de plus en plus souvent, et de plus en plus douloureusement. Il n'avait pas envie que son handicap n'entache leur soirée.
Murray n'en démordit pas.
« Vous allez danser ce soir, Monsieur. Prenons-la au moins pour le retour ».
Lukas secoua la tête avec résignation, ne pouvant qu'approuver ce que lui disait son majordome. Ils descendirent tous deux les escaliers, l'horloge venait de sonner dix-neuf heures. James se précipita derrière eux et tendit un chapeau haut de forme à Lukas, qui se contenta de le tenir à la main. Le rendez-vous était fixé à vingt heures chez les Levingstone, mais le trajet pour aller jusqu'à leur domaine était plutôt long.
La ponctualité lui importait cependant très peu ce soir. La seule chose qui comptait était la perspective de sortir avec la femme qu'il aimait. Ils auraient alors le plaisir de rentrer dans cet endroit qu'ils appelaient désormais « chez eux ». Le Duc n'avait d'ailleurs que trop conscience qu'il lui faudrait un jour où l'autre officialiser leurs liens. Toutefois, il comptait d'abord sur le rétablissement de sa chère Lady, pour qui le décès de sa tante avait été un véritable choc. Pour autant, il lui semblait que son teint avait repris de son bel éclat et que Bliss était depuis quelques temps bien plus gaie qu'à son arrivée.

Dehors, la voiture attendait ses passagers. Murray se tenait près de la porte, sur le qui-vive, satisfait que tout se déroule pour le mieux. Lukas, quant à lui, attendait sa cavalière bien-aimée en bas des escaliers. Un peu anxieux pour une raison qui lui échappait un peu, il se préparait pour cette soirée remarquable, son retour parmi les nobles. Mais par dessus tout, il voulait briller aux yeux d'une seule personne, pour la seule qui comptât à ses yeux.



Dernière édition par Lukas Rainforth le Dim 13 Jan - 18:58, édité 1 fois
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bliss

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MessageSujet: Re: Nos retours en société [PV. Bliss Abberline]   Sam 12 Jan - 20:55

Trois mois. Trois mois qui étaient passés comme un souffle. Bliss avait apprit à revivre. La jeune femme revenait d'entre les morts et d'une léthargie comme rare il était d'en voir. Lukas, sans oublier Murray, n'étaient pas étrangers à cela. Elle pu profiter de la bibliothèque du noble, de son jardin, des différents salons, de la salle de musique et même découvrir quelques exercices d'assouplissements qui lui permirent de se vider l'esprit. La chambre qu'on lui avait donné n'avait rien à envier à celle du manoir parental. Le lit était un chef-d'œuvre à lui seul et tous les meubles étaient fait dans un bois rare et d'une manufacture travaillé.

Sous les encouragements des deux hommes elle avait reprit une alimentation un peu plus descente, bien que personne ne pouvait lui enlever son appétit de moineau. Pendant de longues heures, le soustrayant égoïstement à son travail, elle discutait avec Lukas qui avait l'air émerveillé par chacun de ses gestes. Dans l'écrin d'une petite pièce, elle se permettait de lisser un épi dans ses cheveux, d'enlever une poussière sur sa manche, alors que lui, comme ce jour là, caressait sa joue et la commissure de ses lèvres. C'était des moments privilégiés qu'elle chérissait et qui lui faisaient comprendre que l'avenir était juste là, qu'il fallait le saisir. Passer du temps avec les vivants. Construire des souvenirs. Faire attention à eux. La perte de sa tante, cependant, la ferait toujours pleurait car elle l'aimait comme on aimait une mère.

Les nuits correctes reprirent au bout d'un bon mois et demi. Elle épuisait son corps la journée et sombrait le soir venu. La cheminée de sa chambre la berçait comme il fallait, bien qu'elle se réveillait parfois en sursaut de peur qu'un intrus ne vienne glisser une lame dans son coeur. Bliss n'avait pas d'ennemis à proprement parlé mais son père si, et elle savait qu'il était facile d'en écoper. Le nom Abberline était dangereux à porter, en ces jours.

Depuis quelques semaines, le domaine et tout Anathorey, savait que les Levingstone préparaient une réception qui ferait pâlir les dîners princiers. Ils avaient annoncés le jour, l'heure et avaient envoyé des invitations. La famille de Bliss en reçu une et son père eut la merveilleuse idée de lui faire parvenir la sienne, accompagné d'un mot acerbe concernant l'espoir d'un futur mariage. La jeune femme n'avait pas prit la peine d'en finir la lecture avant de le jeter dans les flammes de la cheminée. Elle connaissait son géniteur et son but : la marier.

Ce matin là, on lui laissa jusqu'en milieu de matinée pour se reposer. Le majordome envoya deux servantes venir la réveiller et l'habiller. Elle devait aller en ville pour quérir un présent qu'elle offrirait à la famille. Quelque chose de discret et élégant, mais qui aurait un but autant utilitaire que merveilleux. Comme d'habitude, un lourd casse-tête.
Elle revêtit une robe sombre à corset, donc les voilages restaient en place. Le vêtement était sobre mais démontrait tout de même le confort dans lequel la Lady vivait. Une paire de gant, un grand manteau dont la fourrure dépassait au niveau du col et elle fit sortir la voiture. Dans les couloirs, elle croisa Murray, qui la salua de manière solennelle, avant de s'inquiéter de quelques détails. La dame appréciait cet homme. Il avait le physique des bras du prince dans lesquels elle aurait aimé tomber étant plus jeune, dans ses rêves les plus fous. Lorsqu'elle monta dans le véhicule, elle rougit à l'idée d'un fantasme quelconque avec un homme de cette envergure et, surtout, avec Murray en personne. Imaginer la sensation de ses lourdes mains sur son corps et sur sa taille, la faisait chanceler et elle se félicita de s'être assise avant de laisser un vertige l'envahir. Car, chez lui, seule son apparence parlait à Bliss mais à côté de cela, il n'en était rien et les Princes savaient combien elle ne se détournerait jamais de Lukas, pour rien au monde. De ce fait, ce physique plaisant, malgré son visage buriné, donnait à cet homme un côté mystérieux que la jeune Lady appréciait silencieusement. Un simple repas pour ses yeux, sans arrière pensée. En effet, elle se connaissait et elle savait que dans quelques temps, à force de le voir, elle se départirait de ce genre de lubies. Lubies que toute femme avait le droit d'avoir car... elle n'était qu'une Ünik après tout.

Dès qu'elle quitta le majordome des yeux elle l'oublia, contrairement au seigneur de domaine qui restait dans ses pensées, comme à l'accoutumé. Elle pensait à lui à chaque moment de la journée et celui-ci ne dérogea pas : que faisait-il ? Allait-elle le voir avant le départ ? Elle ne savait pas. Si elle pouvait, elle resterait coller à lui comme une... épouse énamourée. Ça aussi, c'était stupide.

Le voyage en ville prit quelques heures et elle espéra que le présent ferait mouche. Lorsqu'elle rentra, on lui servit à manger, s'inquiétant toujours de son hygiène, et on lui fit comprendre qu'il était temps de se préparer. Bliss passa de longues minutes devant sa garde-robes. Elle étudia les tissus, fit mine d'essayer deux vêtements, avant de les reposer. C'était l'intronisation officielle de Lukas, elle devait être parfaite, rayonnante. Et pour cause ! Elle faisait des bains de lait depuis plusieurs jours maintenant, pour rendre sa peau plus blanche et éclatante. Egalement, cela permettait, paraissait-il, à la bonne tenue des tissus adipeux.

Une servante vint la coiffer de manière sophistiquée, laissant ses cheveux retombés sans pour autant trop en voir -il ne fallait pas être similaire aux vendeuses de charme- alors qu'une autre l'habillait. Point de maquillage ou autre artifice. De simples bijoux sur le cou, une paire de gants blancs pour accompagner sa robe vaporeuse faite de tulle, de soie et de broderies. Elle était blanche avec quelques détails ocre, mettant en avant le buste de la princesse, sans pour autant la présenter en vulgarité. Elle était volumineuse, en crinoline, et soulignait ses formes. De mémoire elle ne l'avait mise qu'une seule fois. C'était sa robe d'intronisation au monde de la noblesse Ünik.

Visuel de la ROBE et de la COIFFURE

Son coeur battait à vive allure dans ce couloir qui la menait aux escaliers. Bliss, apprêtée et parfumée, finit par se mettre en position avant de descendre les marches. En contre-bas elle vit Lukas qui patientait. De là où elle était, elle vit sa stature de Duc qui lui allait à ravir. Il était si charismatique qu'elle s'en retrouvait hypnotisée. Tout ce qu'elle espérait alors c'était de ne pas lui faire honte, de ne pas passer pour une dinde de basse-cours qui jouait les piques-assiettes chez un homme de la haute.
Le petit talon de sa chaussure émit un léger bruit lorsque son pied se posa sur la première marche. Lukas tourna alors vers elle un visage qui, dès qu'il la vit, se métamorphosa. Elle prit alors le temps de descendre marche par marche. La robe était si évanescente que l'on croyait qu'elle flottait.

Une fois en bas, elle prit la main que l'homme lui tendait, comme pour l'aider à finir cette course lente, puis se mit à sa hauteur faisant une révérence respectueuse « Lukas vous êtes... fait de charme et d'élégance. Je... J'en balbutie. Cet ensemble vous sied à ravir. » En effet. Il n'avait définitivement rien à envier à Murray, loin de là. La raffinerie et le goût de cet homme, surpassait toutes les maigres lubies qu'elle pouvait avoir. Elle eut une bouffée de chaleur en constatant combien son corps était d'ailleurs fin mais élancé, aux muscles taillés dans un cristal qui aurait rendu jaloux n'importe quel noble. Elle aimait voir ses épaules ressortir avec une redingote qui alimentait chacun de ses mouvements pour les épouser à la perfection. Son regard la trompait. Elle était amoureuse et la statue qu'elle avait devant elle la subjuguait. Il lui fallut quelques secondes pour se reprendre alors, pensant à ce que les autres pourraient dire d'eux à cause d'elle « Lukas, je désire réellement être aussi parfaite que vous et je m'en voudrais de vous couvrir de honte. Si ma tenue est déplacée pour l'évènement ou trop obscène, je saurai me changer sans tarder. Je suis votre obligée cher Duc. Je m'en voudrai de vous faire défaut le jour de votre sortie... officielle. » Petite lèvre mordue, comme en attendant la réponse. Elle doutait tant d'elle-même... Comme elle l'avait dit : elle voulait être parfaite. Uniquement pour lui.

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MessageSujet: Re: Nos retours en société [PV. Bliss Abberline]   Dim 13 Jan - 18:56

Le regard de Lukas s'attarda sur l'horloge comtoise qui se dressait dans le hall comme un amiral à l'avant de son aéronef. Plus que l'heure, il chercha à y lire depuis combien de temps il ne s'était rendue à une soirée mondaine. Un calcul rapide le fit réaliser que c'était il y avait de cela huit ans. Il avait l'impression que toutes ces années étaient passées aussi vite qu'un claquement de doigts. A cette époque, il avait une toute autre maison, laquelle avait disparu dans un incendie plus ravageur qu'une tempête de sable du Sidhe. A cette époque, il avait encore sa sœur et son père à ses côtés. Chacun était désormais parti au-delà du ciel. Les seules personnes qui peuplaient son manoir étaient étrangers à son passé, tels des soldats d'un nouveau monde. Il y avait d'abord ces domestiques qu'il avait ramassés à même la fange, en leur vendant une vie forcément meilleure que l'existence misérable qu'ils menaient au cœur des rues les plus mortuaires des cités Üniks. Il lui avait été facile de les séduire, du haut de son piédestal, ces petites gens qui n'avaient plus rien à perdre, qui n'oseraient pas dire non à l'espoir ténu qui leur était tendu comme par un coup du destin. Mais les énergies occultes auxquels les niais pouvaient croire n'avaient rien à voir avec l'habile manipulation à laquelle s'était adonné Lukas. S'il avait redonné la vie à ces gens, il pouvait tout aussi bien la leur reprendre. Chaque bonne, chaque valet qui travaillait au nouveau Manoir Rainforth avait très bien compris que le jour où ils avaient accepté de suivre le Duc, c'était lui juré fidélité et loyauté pour le restant de leurs jours. Ceux qui avaient tenté de piper cet odieux pari n'étaient plus là pour en parler. Ceux qui jouaient le jeu étaient lucides, à défaut d'être tous reconnaissants. Même si aucun n'était libre, au moins, tous étaient vivants et protégés par ce noble un peu curieux qui s'était un jour planté devant eux, en claudiquant le menton fier.

Parmi ces domestiques, il y avait Calvin Murray. Ce majordome austère, chauve, à la stature des poids lourd que l'on croisait dans les combats de boxe clandestins de Nordkia. Lui était la recrue dont Lukas était le plus fier, car il était le plus dévoué de ses serviteurs, et celui qui avait encore et toujours très clairement à l'esprit qu'il était pieds et poings liés depuis que la main du Duc avait asservi la sienne. Si les autres chambrières et pages oubliaient parfois la condition de leur emploi pour se concentrer sur la qualité de vie qui leur était offerte en contrepartie, Murray se levait chaque matin et se couchait chaque soir en se répétant qu'il avait accepté de ne plus être le capitaine de son âme. Ce fatalisme le poussait à toujours plus de déférence à l'égard du Duc, car il avait ainsi l'illusion de quelque part respecter un choix qui à l'origine était le sien. Ce n'était qu'une chimère : pactiser avec les démons de la Sylva avait le même parfum aigre-doux. Lukas pouvait lire toutes ces contradictions dans le regard de son majordome, sans même que Murray n'ait eu besoin de prononcer une parole ambiguë. Les deux hommes conversaient pourtant, assez souvent lorsqu'ils se retrouvaient seuls, d'ordinaire le soir, dans le bureau de Lukas, lorsque le majordome venait lui annoncer la fin du service. Leurs échanges pouvaient parfois durer jusqu'à une heure. Ils prenaient parfois de si curieux tournants qu'ils menaient l'un ou l'autre à révéler, à demi-mot, dans la faible clarté du candélabre, une faille dans la forteresse qu'ils étaient chacun. Leurs carapaces n'étaient pas faites du même matériau et ne portaient pas les mêmes cicatrices, mais c'était sous la lumière de la même bougie qu'ils en venaient à parfois se dévoiler. Ainsi une certaine complicité étrange était petit à petit née entre le Noble et le Docker. Eux seuls avaient le secret de leur relation complexe.

Ce soir-là Murray passa à côté de Lukas en le saluant légèrement pour aller se tenir près de la porte alors qu'ils attendaient tous les deux la dernière personne qui peuplait le Manoir. Le Duc avait du mal à contenir l'impatience avec laquelle il attendait l'arrivée de Lady Bliss Abberline. Le seul signe extérieur de son émotion fut une légère crispation de la mâchoire, alors qu'il se répétait qu'il ne devrait faire preuve d'aucune maladresse ni d'aucun tremblement devant elle. Il devrait être un rempart, un géant de pierre face à cette dame qui n'était que grâce et beauté. Mais combien, ô combien cette épreuve serait difficile. Elle n'était pas paru en haut des escaliers qu'il sentait déjà son cœur vibrer et s'ébranler comme du verre se brise sous la pointe d'un diamant. Bliss était la nouvelle venue dans sa vie qui avait ravi son âme racornie de dernier survivant d'un passé lointain, amer et douloureux. C'est bien ce qu'était Lukas : un vétéran meurtri par les balles de l’Élite, parmi lesquelles l'une, réelle, avait atteint sa colonne vertébrale pour l'obliger à une existence d'estropié. Pourtant rien de la douleur de ce souvenir ni de la blessure n'aurait résolu Lukas à abandonner, à renoncer à sa fierté ni à son rang. Il était le chef de la maison Rainforth. Il redorerait le blason sur lequel l'on s'était permis de cracher, il redresserait fièrement sa bannière qu'on s'était permis de piétiner, il soutiendrait le regard de quiconque avait osé, même dans le secret d'un boudoir, poser des yeux dédaigneux sur le destin de son nom. Il ne ferait aucun compromis. Il ne courberait plus jamais l'échine face à quiconque qui soit de la haute société : seuls les Princes mériteraient qu'il fasse la révérence.
Cependant, il est mensonger d'affirmer que l'arrogance exacerbée de Lukas ne fut mise à mal par Lady Bliss Abberline. Il n'ôtait jamais son chapeau devant personne, en effet. Sauf devant elle. Il jouait les fiers avec tous les autres, devant elle il faisait le beau. Un homme de la stature de Lukas ne pouvait se dérégler que pour une seule raison : il était amoureux. Amoureux fou. Et si un jour il venait à contrarier Bliss d'une manière trop odieuse, si elle prenait conscience du pouvoir qu'elle avait sur lui, un simple souffle froid de sa part pourrait tout simplement le mener à sa perte. Un simple regard posé sur Bliss le jour de leur rencontre avait convaincu Lukas qu'elle serait la femme qu'il épouserait. S'il avait pris cette décision pour le moins unilatérale en écoutant parler son orgueil, il n'avait alors pas compris dans quelle absolue mesure son visage viendrait combler chaque fêlure de son cœur. Lui, l'homme, forcément en position de force de part la chance d'être né dans la société Ünik, n'avait pas imaginé une seconde à quel point il pourrait se sentir défaillir à côté de celle qui s'était imposée comme l'objet de toutes ses pensées. Lui qui se sentait si fort et perméable, se sentait face à elle comme le petit astre que l'on ne voit plus lorsque le Soleil brille.

Lukas cligna des yeux et remarqua que cinq minutes s'étaient écoulées sur l'horloge. Il serait bientôt temps de partir chez Lord Levingstone, qui bientôt scellerait son destin avec une jeune femme de la même trempe sociale que lui, qu'il le veuille ou non, que cette perspective lui plaise ou pas. Peu importait à Lukas du bonheur ou du malheur d'autrui. D'ailleurs aucun Noble digne de ce nom ne se souciait de cela, à moins qu'il ne fut question de quelqu'un qui s'inquiète à son égard également. Autrement dit, le cercle des gens qui s'aimaient étaient toujours très petits à Anathorey, même au sein des familles – exemple fort parlant de ce que l'on ne choisissait pas et que l'on devait supporter, quel que fut son avis.
Lukas connaissait parfaitement le rôle qui serait le sien ce soir-là. Malgré l'importance de l'enjeu et la longue ellipse qui séparait le présent de ses vieux souvenirs, il s'était préparé sans se poser aucune question sur son paraître : il savait ce qu'il fallait faire et comment il devrait être. Il savait comment se vêtir, il savait quels sujets de conversation devraient être abordés. Il savait quelles danses seraient annoncées, il savait de quoi serait faite l'ambiance du dîner. Ces rituels étaient inscrits si profondément dans son crâne, de par son rang, que le Duc n'avait même pas eu, ne serait-ce que quelques secondes, à lever les yeux vers le ciel pour se rappeler les exigences des événements de haute société. Dans le miroir, il avait vu son propre regard sombre comme le charbon. La détermination qui était la sienne s'était rappelée à son esprit concentré sur le retour en société qu'il s'apprêtait à faire. Il n'y avait pas de quoi avoir peur. Il savait où il allait. Il savait qui serait là. Il savait qu'il ne serait pas seul. Il s'était trouvé une fière allure et s'était promis que ces convives, qui tous l'avaient oublié il y avait de cela huit ans, se souviendraient de la soirée où ils auraient de nouveau croiser le chemin du Duc Lukas Rainforth. Les valets qui arrivèrent dans le hall trouvèrent leur maître arborant un visage sévère et fermé, qui laissait deviner la rage qui bouillonnait sous son crâne. Seul le claquement d'un talon discret en haut des escaliers tira Lukas de sa rêverie. Son masque de dureté le quitta instantanément. Enfin, c'était elle, elle arrivait.

Bliss parut vêtue d'une robe qui semblait sortie tout droit d'un rêve éthéré, cousu de dentelle et de mousseline ivoire. Le long de ses bras si fins qu'ils semblaient à peine suffisamment robustes pour soulever un livre couraient de gracieux gants blancs. Quelques bijoux peuplaient son cou et ses oreilles, pour surligner l'élégance de son port de tête. Ses cheveux d'une blondeur candide avaient été relevés à l'arrière de son crâne en un chignon sophistiqué, tout en laissant quelques mèches voler naturellement autour de sa nuque. Aucun maquillage ne venait alourdir ses traits naturellement délicats. Lukas dû faire un effort énorme pour ne pas laisser sa bouche s'ouvrir d'hébétude. Il tendit la main pour accompagner la dame jusqu'en bas de l'escalier pour garder toute sa contenance, mise à mal par les compliments délicieux qui l'atteignaient comme des flèches. Il la remercia avant de poursuivre. « Vous êtes absolument magnifique » dit-il sans la quitter des yeux. « Vous ne m'avez jamais déçu, mais je ne vous avais encore jamais vue sous un jour si radieux. Vous me gâtez beaucoup trop, ma Dame ». Était-ce de l'émotion, qu'il lisait à présent dans son regard clair ? « Ne craignez pas de paraître à mes côtés, savoir que vous paraîtrez ce soir à mon bras fait de moi le plus fier des hommes ». Se sentant d'humeur taquine, il porta la main gantée de la lady à ses lèvres pour y déposer un baiser trop porteur de sentiments pour qu'on le confonde avec un simple baisemain. Il posa sur elle un regard empli de désir. « Est fou, ou d'une mauvaise foi ridicule, celui qui oserait trouver à redire de vous ce soir, très chère Bliss ». Lukas ponctua sa phrase d'un sourire à faire fondre les glaciers de la Muraille. Faire le malin de la sorte lui évitait de rougir comme un petit garçon à l'idée qu'elle put le trouver aussi beau qu'elle l'affirmait.

Lukas chaussa le haut-de-forme que Murray lui tendit avant qu'ils ne se mettent en route. Plusieurs valets de pied leur ouvrirent les portières de la voiture, fièrement tirée par des Lumelecks dont le bec était plus brillant que jamais à la lueur du soir naissant. Murray prit place à l'extérieur aux côtés du postillon et le convoi se mit en route vers le manoir Levingstone. Durant le trajet, Lukas s'attela à faire une conversation convenable à sa belle, lui donnant les indications nécessaires concernant des convives moins connus que d'autres. Ces informations n'avaient rien d'excitant, mais tous deux savaient ô combien elles étaient des armes importantes face à un interlocuteur de l’Élite, qu'il fut l'intéressé en personne ou non. « Même si nous avons été éloignés des salons vous et moi, je ne pense pas qu'ils diffèrent de ce que nos mémoires respectives en auront retenu. Les traditions ne se perdent jamais, pas plus qu'elles n'évoluent... Quoiqu'il en soit, je crains que notre présence ne surprenne du monde ce soir, le plus difficile sera de ne pas voler la vedette aux Levingstone ». Il était évident que tous les regards seraient braqués sur Bliss, car une femme de son envergure ne pouvait pas passer inaperçue, même au milieu d'une foule d'autres nobles. Soudain un petit soubresaut de la voiture fit chuter sa canne aux pieds de Lukas. Sa canne noire, au pommeau d'argent en forme de crâne. Il la redressa contre la banquette en se raclant un peu la gorge. Il préféra ne rien dire et détourner le regard, mortifié de honte à l'idée de devoir marcher affublé de cet objet de vieillard. Il lui arrivait de penser que Lady Bliss méritait mieux qu'un handicapé dans sa vie. Puis il bannissait cette pensée, ne supportant pas l'idée qu'elle puisse choisir un autre que lui-même.

La voiture s'arrêta après une heure de route dans la cour d'honneur de l'hôtel particulier des Levingstone. Des serviteurs s'empressèrent de leur ouvrir. Les pieds et la canne dehors, Lukas considéra la façade de la bâtisse, éclairée par des projecteurs soulignant la majesté des lieux. De nombreux invités arrivèrent en même temps qu'eux, si bien qu'ils purent dans un premier temps se fondre dans la masse. Un petit vent doux souffla dans leur dos. Il était temps d'entrer. Lukas jeta un œil vers l'entrée, où passaient des couples et des familles tous mieux vêtus les uns que les autres. Puis il tendit son bras à Bliss. « Non, assurément, je ne vois personne ici qui puisse vous faire de l'ombre. Puis-je vous faire un aveu ? J'ai toujours un peu redouter ces événements, qui ne diffèrent d'un ring qu'à ceci près que les coups sont interdits. Mais je sais que si les mots venaient à me manquer, votre grâce m'inspirera à nouveau ». Il lui adressa un regard plein de douceur. Elle était la seule à y avoir droit. « Êtes-vous prête, ma chère ? »
Après cela, Lukas les guiderait vers le hall du manoir, depuis lequel on entendrait déjà de la musique parmi les voix enjouées de la foule. Il tâcherait de marcher sans claudiquer, ou en tout cas le moins possible. Il était temps de faire son retour.
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bliss

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MessageSujet: Re: Nos retours en société [PV. Bliss Abberline]   Dim 13 Jan - 21:19

Bliss avait inspecté en quelques secondes, la tenue et les détails qui composait Lukas à cet instant. Elle était hypnotisée par cet être qui, à ses yeux, était un symbole de détermination. Elle l'aimait autant qu'elle l'admirait et la langueur qu'elle ressentait quand il n'était pas avec elle, était parfois insupportable. Le corps de la belle avait fini de grandir depuis quelques années et il lui envoyait, parfois, des signaux d'impatience. Sa colonne vertébrale piquait lorsqu'elle entendait sa voix chaleureuse, ses joues rougissaient lorsqu'il la complimentait et, pire encore, son bas-ventre brûlait lorsqu'il se tenait trop près d'elle. Lukas déchaînait une foule de sentiment dans la tête de la blonde, qu'elle ne su mettre réellement des mots dessus.
Tout ce qu'elle pouvait affirmer, c'était que des papillons s'envoler dans son coeur à chaque fois qu'elle le croisait.

Le discours qu'il lui tint sur ses charmes l'a mit dans tout ses états. Elle gloussa comme une saute et baissa les yeux avec un sourire de jeune femme heureuse et conquise. Lorsqu'il prit sa main pour l'embrasser, elle lui rendit audacieusement la passion de son regard. Oui, elle l'aimait, plus que tout. C'était un fait « Je ne saurai être mieux pour vous mon Duc. Si d'aventure je devais me vêtir comme cela chaque jour qui se fait pour faire naître l'émois, alors j'en soutiendrai l'exercice tous les matins. » C'était une déclaration, elle le savait et ne s'en cachait pas.

Ce moment a deux lui mit le baume au coeur qu'il fallait pour se rendre à la grande mascarade. Lukas était Duc, l'étiquette à tenir pour Bliss était donc différente : ils allaient se marier sous peu, il ne fallait pas qu'elle le contredise ou lui coupe la parole et mieux, si elle pouvait parfois faire profil bas voire s'éclipser pour lui laisser l'honneur de la vedette alors elle devait le faire. La femme tenait les rênes de la maison mais à l'extérieur, elle n'était que le faire valoir du mari, c'était bien connu. Si Lukas et Bliss ne partageaient pas -loin de là- cette coutume très traditionaliste, elle savait que pour la société, elle devait être irréprochable en public. Et puis le brun avait raison : ils manquaient de pratique.

« Ma dernière soirée mondaine était avant la guerre. Mon père s'étant réfugié dans son manoir, il m'envoyait tous les soirs chez des hôtes différents pour représenter la maison Abberline. Mais les gens ne sont pas fous : mon père n'était pas très aimé. Moi en revanche... » Elle mit son poing devant sa bouche, toussotant légèrement « J'ai peine à croire que le comte De Joffreille, le duc d'Ambrime et le duc Chatorney cherchaient à me passer la bague au doigt. Ils seront là ce soir, j'en ai plus que le pressentiment et j'espère, de tout mon être, qu'ils sauront se tenir à distance. » Elle ne voulait pas qu'ils essuient un refus, ni même créer d'esclandre. Son père les lui avait fait rencontré une fois chacun à tour de rôle et elle avait eu la désagréable expérience de les revoir à certaines petites fêtes de nobliaux. Danser avec eux était la pire des expériences « En tous les cas, les regards se détourneront bien vite de nous, bien que nous ne pourrons arrêter les bouches de palabrer. Si nous contournons la foule pour aller saluer nos hôtes comme il se doit, alors nous nous en ferons des alliés respectueux. Ils ne sont pas idiots, loin de là et si nous arrivons à sortir du panier atroce dans lequel nous serons plongés, alors nous aurons fait nos preuves et nous serons dignes d'intérêts. » Si Bliss arrivait à courtiser la duchesse Levingstone par son présent et sa verbe, un pas serait fait. Ce qui, en soit, ne serait pas un mal.

Mais le chahut du véhicule interrompit le discours des deux gens. La magnifique blonde sentit s'enfoncer dans le tissu de sa jupe, un métal lourd et travaillé. En baissant à peine les yeux, elle vit l'artifice de Lukas et détourna rapidement les yeux, admirant le paysage sous le coucher de soleil, qui défilait dehors. Elle savait, de bien des manières, que le duc n'était pas fier de ce qu'il considérait être un défaut et elle faisait toujours en sorte de ne pas l'embarrasser. Si de l'extérieur on aurait pu croire qu'elle était mégère de ne pas, parfois, l'aider à se lever, ce n'était en rien pour l'admirer négocier avec ses maux non. Elle voulait préserver la fierté d'un homme. Et ici, c'était ce qu'elle faisait avec délicatesse et fair-play. Car ils n'avaient jamais échangé à ce sujet avec des mots simples et direct mais elle, dans sa petite personne, ne se voyait pas dérangée, le moins du monde, par cela. Au contraire, pour l'avoir parfois vu marcher, de dos, le soir après une dure journée, elle éprouvait une empathie qui faisait ressortir tristesse, compassion, hargne et colère. Un melting-pot condensé entouré d'un amour bienveillant. Et Murray le voyait : le regard que Bliss posait sur le dos de Lukas le soir venu ne trompait pas. Elle l'aimait à s'en damner.

Lorsque la voiture fit halte, le soleil était déjà couché. La nuit était clémente et le temps bon. Ils descendirent du chariot comme bon nombre de nobles invités. Bliss voyait certains majordomes et serviteurs faire les dernières retouches sur les vêtements de leurs maîtres, prendre les ordres et s'en aller. Il fallait rentrer par ordre de rang, notamment lorsque le nom serait appelé. Lukas étant duc, c'était lui qui primait sur celui de Bliss, de plus petite envergure.

Nous loin du parvis, l'homme tendit son bras et avec joie, elle y enroula le sien. A nouveau, ses compliments la touchèrent et elle répondit alors « Duc de Rainforth, je serai votre puissante alliée ce soir et, j'espère, pour un grand temps encore. » Audacieuse n'était pas qu'un mot, mais également un prénom « Prête. » Son coeur battait plus fort dans sa poitrine et ses oreilles étaient légèrement rouges sous ses cheveux blonds.

Ils avancèrent au même rythme que la foule qui les entourait mais ne purent entrer complètement dans le hall. La voix d'un orateur résonna assez pour qu'il puisse l'entendre de dehors, et des noms défilèrent alors. Devant eux, cela se dégagea et Bliss fit attention aux visages. Sans surprise il y eut les deux ducs dont elle redoutait la présence, plus par ennui que par réelle peur.

« Le duc Lukas Victor Rainforth et la comtesse Elizabeth Bliss Abberline »

Comme il était prévu, le ton des conversations se turent pour voir s'élever du parvis extérieur les deux personnes en questions. Bliss, dans sa robe blanche et ocre, suscita la plus vive des jalousies de ces dames et l'admiration de ces messieurs. Lukas lui... Fit l'émoi dans une partie de l'assemblée, comme si il n'était connu que de certains et non d'autres. Des chuchotement vinrent rapidement prendre le pas sur ce silence et quand ils passèrent définitivement le niveau de l'orateur pour entrer dans la grande salle de réception, ce dernier annonça les noms suivant. Les discours reprirent alors bon train mais, comme il était prévu, des regards suivirent les faits et gestes des ressuscités.

Au bout d'un long moment malgré tout, la liste des invités se finit et la musique de l'orchestre se mit en marche. Un air clair mais encourageant. L'orateur changea alors de poste et vint se placer en bas des escaliers, scandant alors la venu du couple Levingstone, venant tout droit de leurs appartement à l'étage. Il y eut nombre d'applaudissements quand les silhouettes se firent voir et tous furent subjugués par la magnificence des habits des hôtes. Bliss eut un sourire avant de profiter du bruit de la foule pour se pencher vers Lukas « Je n'ai pas volé la vedette de notre chère Dame mais je n'en éprouve aucun tord. Je suis la vôtre et vous êtes la mienne. » Et n'était-ce pas tout ce qu'il comptait ?
Car le couple avait beau parader, les yeux verts de Bliss ne désirer regarder qu'une seule personne : Lukas.

Le duc s'éclaircit la voix et les applaudissements cessèrent. « Gente dames et gentilshommes, votre présence à tous nous ravis. Ma Dame la Duchesse et moi-même comptons sur votre bonhomie pour profiter de cette soirée d'après guerre. Nous désirons vous voir vous amuser et manger à votre faim. » Comme si les nobles manquaient de quoi que ce soit ! Il termina alors son discours en quelques phrases supplémentaires. On aurait voulu lui donner la grâce et l'honnêteté mais Bliss n'était pas dupe. Si elle souriait poliment en applaudissant, elle savait qu'il était évident pour eux qu'ils avaient quelques intérêts à tirer là-dessous. En observant un peu plus la duchesse, elle s'aperçu de quelques détails sur sa posture anormalement peu droite. Légèrement penchée en arrière, de manière très indistinct. La comtesse approcha alors la bouche de l'oreille de son aimé « Mon ami, notre chère Syrielle de Levingstone est enceinte. Voyez comme elle se tient, le dos légèrement cassé. Si nous arrivons à tirer profit de cette information, peut-être ferions-nous mouche ? »

Le couple alla s'asseoir dans les fauteuils qui leur était attitré. La foule se dispersa aux quatre coins de la pièce, pour danser, manger, chanter, parler, s'amuser, rire et jouir de tous les plaisirs de la noblesse. Très vite, plusieurs personnes s'approchèrent de Lukas, n'ayant en rien oublié son nom et son visage. Bliss se tenait droite, parfaitement respectueuse à côté de celui qu'elle aimait, sans lui faire défaut. Il fallut passer quelques minutes avant qu'un homme vint s'insérer dans le petit groupe. Il n'était pas très vieux et avait à peu près le même âge que le père de la belle blonde « Madame Abberline, Duc Rainforth. Je suis Lord De Lancy, fils de la comtesse Jirmany et du lord De Lancy. » Bliss se tourna alors vivement vers lui, rayonnante, comme à son habitude « Lord De Lancy ? Etait-ce vous qui êtes courageusement venu en aide à ma famille en ce funeste hiver ? » Il arbora alors un léger sourire et s'inclina avec respect « Ce n'était rien mais c'est un honneur, chère madame, que vous me reconnaissiez donc. En effet, je suis celui qui a su vous mettre à l'abris du besoin peu après le décès de votre mère. » La jeune femme changea son visage en quelque chose de bienveillant et se tourna vers le petit groupe « Pardonnez-moi messieurs, je ne souhaitais vous interrompre d'aucune manière. », « Techniquement, c'est moi qui vous ai interrompu. N'ayez aucune gêne. » Il prenait soin d'elle « Je vous présente Demetrio De Lancy, un très bon ami de la famille Abberline. » Puis se tournant vers Lukas « Comme tout le monde sait, notre famille a été en proie à quelques malheurs et sieur De Lancy, présent ici-même, a su éviter à la dynastie de sombrer dans un chaos inévitable suite à la mort de ma mère. Cela faisait plus de dix ans que je ne l'avais pas vu. » Et alors avec élégance mais audace elle se tourna vers les piques-assiettes venus questionner Lukas « Messieurs, peut être nous reverrons nous tout à l'heure, après nos échange avec monsieur le Lord. » Devant l'ordre d'une femme, l'homme s'incline.

Le groupe se dissolu et étant un peu plus intimiste, Bliss rajouta « Demetrio a mit en déroute l'assassin qui me voulait du mal. Son père était un voisin très proche du père de mon père pendant des années et les deux se sont beaucoup aidés mutuellement. Bien que mon géniteur soit plus froid que mon grand-père, le lien a perduré et Demetrio n'a pas cillé quand on lui demanda l'aide nécessaire. Je venais de perdre ma mère et nos finances étaient au plus bas. Avec la menace qui rôdait autour du manoir, plus personne ne voulait venir travailler. Bien que ceci soit loin maintenant, j'en garde un fort souvenir grâce à lui. », « Quel portrait madame ! Vous me voyez conquit. Et... Vous avez tant grandi. Je vois en vous votre très chère mère. » Mais le regard duquel il la couvait n'avait rien de lubrique au contraire. C'était quelque chose de paternel, aimant et soucieux d'un bien être. Il était émerveiller de voir la petite fille aussi belle et épanouie.



Dernière édition par Bliss Abberline le Mar 15 Jan - 23:01, édité 1 fois
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Prince de rien (Lukas R.)

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MessageSujet: Re: Nos retours en société [PV. Bliss Abberline]   Mar 15 Jan - 21:21

Le couple s'avança dans le hall avec la discrétion de ceux qui ne se sont pas encore faits remarquer. Dans la haute société d'Anathorey, on cherchait d'abord du regard ceux que l'on savait devoir être là, pour être les premiers à les saluer en cas de présence ou pour médire sur les malotrus qu'ils étaient en cas d'absence. Personne ne remarquait tout de suite ceux qui étaient là sans que quiconque, à part les hôtes, ne sache pourquoi. Tout au plus, des regards un peu intrigués leur étaient adressés, mais les messes basses derrière les éventails attendraient que tout le monde soit réuni dans la salle de bal. Lukas, armé de Bliss, fendit la foule sans prêter attention à qui que ce soit. Arrivé à la hauteur de l'huissier, il lui chuchota leurs noms pour qu'ils soient annoncés plus tôt que prévu. L'homme s'exécuta d'une voix vive et claire :

«  Le duc Lukas Victor Rainforth et la comtesse Elizabeth Bliss Abberline »

L'annonce entraîna une accalmie du brouhaha de début de soirée. De nombreuses têtes se tournèrent vers eux, certaines avec une lenteur curieuse, d'autres avec la nervosité de quelqu'un qui n'arrive pas à croire à ce qu'il vient d'entendre. Lukas s'amusa à jeter un regard circulaire sur leur tout nouveau public. Parmi les convives, il y avait ceux qui lui souriaient. Ceux-là lui étaient totalement inconnus et devaient d'ores et déjà se réjouir de faire de lui un précieux allié à rouler dans la farine pour servir leurs intérêts. Ceux qui ne lui souriaient pas, en revanche, avaient tous un visage qui était familier à Lukas. Pour certains, il parvint même à associer un nom à leur mine hagarde. Qu'ils fussent des vieux ennemis ou d'anciens amis, tous pouvaient constater que Lukas Rainforth se tenait debout devant eux, bien droit, en compagnie de deux nouvelles amies : l'une disgracieuse, sous sa paume droite, et l'autre, belle à en damner un saint, accrochée avec douceur à son bras. Lady Elizabeth Abberline, qu'elle fut connue ou un peu moins – en raison de son jeune âge – ne pouvait laisser personne indifférent. Il n'y avait pas besoin d'être un fin observateur pour déceler les émotions qu'elle suscitait sur son passage. Admiration, envie, jalousie, en tout les cas elle était éblouissante. Le Duc s'enorgueillit d'être son cavalier et bomba légèrement le torse alors qu'ils s'avançaient un peu plus dans le manoir, jusqu'à la salle où la réception battait son plein. L'effet de leur entrée passé, l'assemblée fit mine de reprendre une activité mondaine normale. Mais bien entendu, et comme l'avait si bien fait remarquer la perspicace Dame, ils ne pourraient pas empêcher les gens de jacasser. Un rictus se dessina sur le visage de Lukas. Tout se déroulait comme prévu.

« A peine avons-nous fait un pas dans le hall que la bienséance s'est rappelée à moi » chuchota Lukas à l'oreille de sa belle. « J'avais presque oublié qu'en public, il seyait que je vous nomme lady Elizabeth ». Que soit louée l'annonce de l'huissier ! Et quel idiot faisait-il. Même si avoir une dame à son bras n'avait rien d'anodin et ne laisserait personne dupe, Lukas ne tenait pas à dévoiler ses liens intimes avec Bliss comme une ménagère étendrait son linge à sa fenêtre. C'eut été indigne de son rang et irrespectueux envers la jeune lady. Fort de ce rappel, il ravala légèrement son ego et se concentra davantage sur la soirée. Bliss quant à elle semblait parfaitement à l'aise malgré le fait que la dernière mondanité à laquelle elle ait assisté date de l'avant-guerre. Le bras du Duc se raidit légèrement lorsqu'elle énonça le nom de quelques prétendants qui se trouvaient dans le secteur. « Rassurez-vous ma douce, la distance s'imposerait à eux si l'un de ces gentlemen venait à se montrer trop... aventureux ». L'arrogant Noble, seul juge de leur audace, sentit que sa ligne de tolérance, fragile comme son cœur amoureux, serait très facilement chatouillée. Gardons la tête froide, songea-t-il.

En bas des escaliers principaux, alors que l'huissier s'en allait et qu'une musique légèrement dansante commençait à se faire entendre, le Duc Levingstone parut accompagné de sa fiancée. « Ils sont presque aussi beaux que nous » souffla Lukas d'un air pince-sans-rire. Il aimait faire ce genre d'humour, pour le plaisir de lire le désarroi dans le regard de Bliss, qui se demandait parfois s'il plaisantait ou s'il était vraiment sérieux.
Le Duc Levingstone accueillit chaleureusement l'ensemble de ses invités, avec la bonhomie qui le caractérisait. Il encouragea chacun à s'amuser et à prendre du bon temps, en cette première soirée d'après-guerre qui avait tant meurtri la capitale et les familles qui la peuplaient. Comme si Anathorey avait été plus marquée que Nordkia par l'infamie de la Purge, songea Lukas en retenant un soupir. Les festivités commencèrent sous les applaudissements de la foule, trépignant de retourner aux discussions nobiliaires. Affaires, rumeurs, commerce, potins et autres jacassements seraient rapidement de mise. Loin de son cynisme, Bliss n'avait manqué de faire travailler son regard de chat-elum : elle avait remarqué la position de la Dame qui les accueillait ce soir entre ses murs, légèrement penchée vers l'arrière et les pieds un peu trop écartés l'un de l'autre pour que sa tenue soit tout à fait élégante. La future ex-lady Albion était enceinte et faisait tout pour le cacher sous une robe vague qui masquait habilement ses formes s'arrondissant. « Voilà une information aussi délicate que sensible à manier... » répondit Lukas sur le même ton que son élégante compagne. Il n'était en effet pas anodin de tomber enceinte avant le mariage, c'était d'ailleurs certainement cet heureux événement qui avait précipité leur prochaine union. D'aucuns auraient été curieux de savoir si le dauphin était le résultat d'un amour interdit, d'une culbute à l'arrière d'une diligence, ou les deux. Lukas préféra à ces épanchements indiscrets une réaction mesurée qui seyait à son titre. « Votre idée est très pertinente ma chère, je ne puis que l'approuver. Cependant, je crois plus habile de vous laisser lui en toucher deux mots vous-même. Vous êtes une femme, jeune de surcroît, vous saurez davantage tisser un lien de confiance avec elle que l'homme que je suis. Je ne veux pas risquer d'intimider Lady Syrielle ». Il était toujours difficile pour un homme d'aborder le sujet de la grossesse, particulièrement avec une femme qui n'était pas la sienne. Même si Syrielle n'était pas une inconnue, lui s'en fallait.

La soirée commençant, Lukas et Bliss prirent place sur les fauteuils qui leurs avaient été attitrés et ne tardèrent pas d'être entourés par d'autres convives. Parmi eux se trouvaient d'anciennes connaissances assez lointaines de Lukas, que l'étiquette le forçait à ne pas oublier. Les anciens amis ne s'étaient, pour l'heure, pas encore hasardés à venir le rencontrer. Ils attendaient sans doute que l'alcool s'évapore petit à petit des verres, pour adoucir les mœurs. Poli et déférent, Lukas échangea avec ces gens des paroles courtoises. Il remerciait ceux qui se disaient ravis de le retrouver, enchantés de le voir en si bonne santé, ce genre de balivernes qui dissimulaient à peine le mépris avec lequel ils le considéraient en réalité. « Vraiment, mon très cher et estimé Duc », fit la vieille et maigre lady Clermont, dont la voix pincée n'avait été améliorée avec le temps, « Je suis absolument en-chan-tée de revoir votre visage parmi les salons. Je craignais de ne jâ-mais vous revoir. Notre famille avait été si bouleversée d'apprendre qu'il vous était arrivé malheur ! ». Les sourcils de Lukas tressautèrent furtivement. « Vos nombreuses lettres vous en sont témoins, très chère et estimée lady » répondit-il non sans une pointe de désinvolture. Cette petite phrase eut le don de jeter un froid sur le groupe réuni. Lady Clermont avait en effet cessé de prêter la moindre attention aux Rainforth dès l'instant où le père avait passé l'arme à gauche, préférant se rapprocher de la branche de la famille qui avait par la suite causé un tort impardonnable à Lukas. Les pupilles brûlantes d'une colère sourde du Duc firent taire la mégère, qui se racla la gorge en faisant mine de rire avec amusement. Son sourire crispé se reflétait sur le visage de Lukas, qui se savait en position de force. Désormais, la grande bringue frigide qu'elle était n'avait plus qu'à se tenir à carreau.

Bliss, qui avait toujours eu un sens du bon moment pour retourner une situation à l'avantage de ses alliés, choisit ce moment pour se tourner vers Lukas et lui présenter un homme à la chevelure grisonnante et au regard plein de tendresse paternelle. « Je suis enchanté de faire votre connaissance, Sieur de Lancy. Je suis le Duc Lukas Rainforth. Si notre chère Elizabeth ici présente vous qualifie de bon ami, je devine que vous êtes un homme très estimable ». Demetrio de Lancy eut pour seule réponse un sourire reconnaissant ainsi qu'un signe de tête respectueux envers le titre de celui qui venait de lui adresser ce compliment. A l'évidence, c'était un homme sincère et humble, tels que Bliss les appréciait. Le groupe dissout, les révélations sur le passé de la Dame se firent plus glaçante que l'image du bon souvenir d'enfance qui s'était d'abord dessiné sous les yeux de Lukas. Au contraire, le récit fut sordide et froid, à l'image du père que Bliss avait toujours cherché à fuir, ou de ces crapules qui cherchaient à faire du mal aux créatures les plus innocentes sous prétexte qu'elles appartiennent au groupe privilégié. « Les lâches n'ont, paradoxalement, parfois aucune limite... Heureusement qu'un homme de votre envergure s'est mis sur la route d'un de ce barbare. Je vous remercie d'avoir porté secours à Elizabeth, Sieur de Lancy. Sans vous, je n'aurais en effet jamais pu la rencontrer » dit Lukas avec beaucoup de sincérité - et horrifié à l'idée d'une vie sans Bliss. Il était souvent très inquiet à l'idée qu'elle ne fut poursuivie ou ne se retrouve entre les mains de ceux qui en voulaient encore après son nom. Il savait que c'était un fléau qu'elle subissait et fuyait depuis sa plus tendre enfance. Mais il savait qu'elle avait des alliés, de très bons alliés qui l'aimaient et qui avaient toujours fait en sorte de la protéger. Demetrio faisait ostensiblement partie de cette catégorie, et Lukas espérait lui aussi faire partie de ceux qui servaient de piliers à Lady Abberline.

« Mon très cher Lukas » fit soudain une voix très douce qui arrivait de derrière leurs fauteuils. Lukas la reconnut immédiatement, se leva, et se retourna pour faire un baisemain à leur hôte de la soirée. « Lady Syrielle », souffla-t-il respectueusement. « Il y avait bien longtemps que nous ne nous sommes vus ». La Dame, qui avait bien entendu salué le reste de la petite assemblée, pouffa légèrement. « Cela est vrai. La dernière fois que je vous ai vu, vous étiez un adolescent farouche qui trouvait très ennuyeux de s'occuper de la petite fille que j'étais. Vous savez, très chère Lady Elizabeth, j'étais une bonne amie d'Alvis Rainforth, la sœur de notre cher Duc ». Un rictus nerveux naquit sur les lèvres de Lukas, qu'il changea très vite en sourire chaleureux pour éviter de mettre mal à l'aise lady Syrielle. Il lui fallut dissimuler l'immense tristesse que lui évoquait ces souvenirs, au parfum des goûters d'enfance. « Je me souviens des jeux que vous aviez, Alvis et vous. Comme cela me paraît lointain ». Sans vraiment réfléchir, Lukas posa son regard sur le ventre de Syrielle, qui s'intéressait cette fois à Bliss, sans se douter de la tempête qu'elle avait presque déclencher sous le crâne de Lukas. Il s'en était fallu de peu. S'il faisait bonne figure, Lukas sentit sa main serrer à blanc le pommeau de sa canne, et sa mâchoire se crisper un peu. Il reprit très rapidement contenance, car la mission du soir ne pouvait souffrir d'aucun obstacle. De toute manière, le monde de la noblesse n'était-il pas brodé de faux-semblants ?
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bliss

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MessageSujet: Re: Nos retours en société [PV. Bliss Abberline]   Mar 15 Jan - 22:36

Le grand bal des opportunités avait commencé. Lukas attira bien du peuple et Bliss ne se départit jamais de son sourire policé et courtois. Elle voulait mettre en valeur son duc et non le contraire.

Lorsque Demetrio vint les saluer, Lukas lui rendit sa bienveillance, comprenant rapidement qu'il n'y avait pas de mal dans cet homme. Bliss ne le quitta d'ailleurs pas des yeux, très impressionnée de le retrouver. Il su prendre les compliments du Duc avec une grande humilité et le sourire de la jeune femme se mua en quelque chose de beaucoup plus affectueux « Lord De Lancy, permettez moi de vous demander où vous résidez à présent ? J'aimerai tant connaître celle qui vous accompagne et vous rendre visite quand le temps le permet. » Le petite rire rauque mais discret n'échappa pas à la belle qui s'interrogea sur l'origine « Très chère lady, il n'y a personne qui comble ma vie. J'ai une existence de nomade, critiquée par la société, mais qui me convient. » Il était confiant, présentant son mode de vie avec beaucoup de conviction « Oh... Je vois... Vous êtes vous séparé du manoir de votre père ? », «  Non, bien sûr que non. Disons que les domestiques font leur travail à la perfection en mon absence. Du reste, je ne laisse personne y entrer depuis la guerre. Un incendie a ravagé la partie ouest. Mais, je vous en prie, ne parlons pas de moi, je m'en sens gêné. Dites-moi plutôt comment va votre père ma Dame ? » Demetrio était peut être un homme 'bon', il n'en restait pas moins un noble élevé à la cour. Et tout était bon pour avoir des informations sur les personnes dangereuses de l'entourage. « Père est en parfaite santé. La guerre n'a entaché ni son moral ni sa vivacité. Il est même plus dynamique que quand vous l'avez vu pour la dernière fois. », « C'était déjà un homme de caractère et plein de vie. », « En effet. Lui va très bien. Disons que... » Elle baissa un peu la voix, les sourcils arqués dans l'autre sens « J'accuse le décès de sa sœur. Elle a succombé à une rafale de balles perdues. » Les émotions étaient fortes et présentes mais la Lady redressa le visage « Elizabeth, je suis sincèrement désolé. Si je peux... » Bliss leva doucement une main, toute paume droite « N'ayez crainte. Ma période de rémission est terminée, le deuil est fait. Il me faudra encore du temps pour l'accepter, mais le quotidien est moins pénible aux côtés de sieur Rainforth. » Demetrio jeta un regard vers l'homme. Au même instant, une voix douce et aigüe s'éleva « Mon très cher Lukas. » Ceci fit réagir l'appelé qui se leva pour répondre immédiatement. Tournant le dos aux deux personnes, Demetrio continua alors « Je vois. Je ne suis pas partit depuis la fin des combats et je dois encore rester dans la région un moment. Si il vous prend l'envie de venir vous divertir dans mes jardins, n'hésitez pas. Et si, bien évidement, monsieur le duc est d'accord. » Bliss tourna un regard aimant vers Lukas qui parlait avec la future duchesse, avant de tourner à nouveau son regard vers le grand homme « Je pense qu'il n'y verra aucun inconvénient. Vraiment. », « Alors vous m'en voyez ravi. Je ne vous dérange pas plus Elizabeth, sachez que ça a été un plaisir de vous revoir et qu'il ne sera que plus grand si vous me laissez vous accueillir sur mes terres. Mes hommages, ma Dame. » Il s'inclina alors qu'elle lui rendit une chaste politesse. Le coeur léger, elle le regarda faire volte-face pour disparaître dans la foule. Si on lui avait dit qu'elle reverrait cet homme... Elle allait avoir des choses à dire au Duc sur le chemin du retour.

Se tournant alors vers le couple en conversation, elle attrapa cette dernière au vol. Cela tombait à merveille Syrielle ne manqua pas de lui parler de la défunte sœur de Lukas. Sans ciller, la jeune blonde accapara l'attention de la femme, ne jetant qu'un coup d'oeil au maître des émotions qui se tenait à côté d'elle, et dont elle devinait une amertume cachée « Lady Levingstone. » Une révérence respectueuse s'imposa « Il est vrai que filles et garçons ne partageons pas les mêmes goûts, qui plus est à ces âges là. Alvis devait être plus à même de vous convenir. Mais dites moi, il me semble que monsieur le duc s'est remit de ses terribles maux de tête, n'est-il pas ? Je n'ai pas entendu mon père en reparler récemment. » Syrielle pencha légèrement la tête sur le côté, une boucle de cheveux couleur miel, venant flatter sa joue « Votre... père ? », « Le comte Abberline, il... », « Merci. Il ne m'est pas inconnu. » La jeune femme blonde accusa le ton devenu sec de la future mère « Il est évident que votre père ne puisse témoigner de l'état de mon futur mari. En faisant cavalier seul pour les plans et stratégies de guerre, bafouant ainsi l'honneur d'Élliot auprès des Princes, il était évident qu'il n'allait pas lui communiquer ses maux. » Bliss failli mourir d'étouffement « C... Comment est-ce possible ? » Sa mine outrée montrait combien la surprise était totale. Le chat qui lui resta dans la gorge pu parfaire le tableau. Syrielle, elle, s'était faite un peu plus amère « J'aime à penser que vous ne reproduirez pas ses œuvres désastreuses. Il s'est donné en spectacle en cherchant à décrédibiliser ceux qui étaient censés être ses alliés. L'effort de guerre était commun, il a fait bande à part. Les hommes ont prit l'initiative de le contourner et de le laisser dans son euphorie. Navrée. » Lady Abberline reprit un peu plus contenance, redressant le menton. Sa voix était également contenue, plus douce et peu sonore pour ne pas alerter un peu plus les oreilles indiscrètes autour d'eux « Je vois et je ne pourrai en vouloir à votre cher Elliot, ainsi que ses confrères d'avoir fait appel au bon sens. Depuis la mort de ma mère il devient de plus en plus fou. Il ne souhaite aucun médecin compétent chez lui, vivant dans un déni qui ne l'excuse en rien. J'ai tenté de le préserver mais nous ne pouvons aider ceux qui ne veulent pas s'aider eux-mêmes. Je dois me protéger et espérer, qu'un jour, ma descendance puisse assurer un règne bien moins malsain que celui de mon cher père. Future Duchesse de Levingstone, sachez que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour me détacher de l'image sordide que mon père vous a transmise, concernant notre famille. Il est un cas particulier qui condamne tous ceux du même sang que lui. Je vous présente mes plus plates excuses et espère que, par la suite, nos familles sachent communiquer à nouveau. » Syrielle resta silencieuse un moment. Peut-être une dizaine de secondes, ou une quinzaine. Elle leva le menton, toisant la jeune femme du regard « Bien. Elizabeth, votre père est ce qu'il est, et je serai bien sotte de me conforter dans l'idée que sa descendance lui ressemble. Lukas n'aurait pas supporter d'avoir à son bras une cavalière ne vivant que pour le pouvoir, la richesse et la domination. » Bliss souffla légèrement. Bref portrait du père, mais il était juste. Elle hocha alors la tête « Descendance, dites-vous ? », « Je ne précipite rien, mais tout comme vous, j'espère porter un jour le fruit de mon amour. » Un sourire extrêmement bienveillance naquit sur les lèvres de la belle, indiquant qu'elle savait. Syrielle haussa les sourcils, intriguée, avant de dissimuler son nez et sa bouche derrière un éventail, la mine départie de toute austérité « Audacieuse. », « Bliss suffira, ma Dame. » Elle inclina la tête, l'expression complice et l'attitude clémente. Elle estimait la dame et cela se voyait pour l'oeil aguerri. Alors le duchesse regarda Lukas « Si on m'avait dit que les Rainforth siéraient si bien aux Abberline, je ne l'aurais jamais cru... » La comtesse profita alors de ce moment pour permettre une entrevue entre Syrielle et Lukas, suscité tacitement par cette dernière « Veuillez m'excuser, je dois me repoudrer le nez avant l'ouverture du quadrille. Lukas, mon ami, je vous retrouve tout à l'heure. » Boniments et ronds de jambes, il ne fallait pas hésiter à lire entre les lignes pour saisir tout ce qu'il se disait et pour cause. Lorsque Bliss fut assez loin pour ne plus entendre, Syrielle dévoila alors ce qu'elle cachait derrière l'éventail : un sourire taquin envers Lukas. Elle dit alors, telle qu'une petite sœur -plus respectueuse- aurait pu le faire « Très cher, j'ai hâte de voir combien elle peut vous tenir la dragée haute. Vous avez ici un joyau de collection. Prenez en soin, ne le brisez pas. » C'était un conseil réthorique, preuve qu'elle approuvait la relation, le tout dit à demi-mots. « J'aimerai vous revoir avant l'union d'Elliot et moi, accepterez vous une invitation plus intimiste ? » S'en suivit alors d'une question, d'une proposition, à laquelle il ne pouvait dire et en tout intérêt, il ne valait mieux pas.

Bliss se perdit à contre cœur parmi les convives. Elle arriva à prendre un verre d'un alcool très doux et léger pour se rafraîchir la gorge. En voulant s'éloigner à peine de la grande foule, elle fut surprise par le duc de Chatorney, qui la fit sursauter « Elizabeth ! », « Par tous les Princes ! Sieur de Chatorney ! », « Ma mie, vous me voyez navré de vous avoir causé tant de frayeur ! Laissez moi vous saluer comme il se doit. » Elle n'y coupa pas. Le baisemain fut de rigueur et elle se figea quand elle sentit la bouche du type sur ses doigts pourtant gantés « Comment allez vous ? Vous sembliez si pâle ces derniers mois. Votre père a refusé de me dire où vous étiez. », « J'étais en deuil, sieur. Je ne voulais voir personne. », « Et pourtant vous arrivez avec ce pince-sans-rire de Rainforth. » Bliss recula « Je vous prie de rester courtois, duc. J'ai entendu dire que vous aviez trouvé chaussure à votre pied ? » Il se racla la gorge « Hum... Non. Sarah n'était pas faite pour moi. J'ai su m'en rendre compte à temps. Elle n'avait pas... votre trempe. » La lady fit un pas en arrière. Lui fit deux pas en avant « Elizabeth... » Le moment tant redouté. Lukas Rainforth, si cette voix parcours le ciel, alors qu'elle parvienne à vos oreilles.

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